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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

J’achète l’immeuble au nom d’une société en formation

On peut prendre un engagement au nom d’une société en formation.

Ainsi, on peut acheter 1 % d’un immeuble à titre personnel et 99 % au nom et pour le compte d’une société à constituer.

C’est une forme de porte fort qui est prévu par l’article 60 du Code des sociétés.

Selon cette disposition, la personne qui prend un engagement au nom d’une société qui n’a pas encore acquis la personnalité juridique, en est personnellement et solidairement responsable, sauf si

  • la société acquiert la personnalité juridique dans les deux ans de la naissance de l’engagement,
  • et si ces engagements sont repris par elle dans les deux mois qui suivent.

Si ses conditions sont rencontrées, l’engagement est réputé avoir été contracté par la société dès l’origine.

Mais il peut se passer bien des évènements durant ces deux ans et deux mois (maximum)

Un arrêt de la Cour de cassation du 8 mai 2015 (rôle n° C.14.0248.N, www.juridat.be) nous rappelle que la reprise de l’engagement par la société, dans les conditions précitées, agit comme une condition résolutoire à l’égard du promoteur.

La condition résolutoire agit avec un effet rétroactif (art. 1183 du Code civil).

Le promoteur est celui qui a souscrit l’engagement au nom de la société.

Il en résulte que les biens qui ont été acquis par le promoteur au nom de la société sont considérés comme étant la propriété de la société dès le début.

Quant au promoteur il est considéré comme n’avoir jamais été propriétaire.

Selon la Cour de cassation “ (hij) wordt geacht nooit eigenaar te zijn geweest van de in naam van de vennootschap in oprichting verworven goederen”.

La rétroactivité s’impose à la partie qui ratifie, au porte-fort et au tiers cocontractant de ce porte-fort.

Mais qu’en est-il des autres tiers, par exemple ceux qui ont acquis un droit préférable ex intervallo ?

Dans l’arrêt soumis à la Cour de cassation il était question d’une saisie immobilière à charge du promoteur, transcrite lorsqu’il était encore propriétaire, soit avant la reprise de l’acquisition de l’immeuble par la société constituée.

La Cour d’appel d’Anvers avait décidé que la société avait repris un immeuble grevé de saisie et que la revente du bien par la société n’était pas opposable au créancier saisissant du promoteur.

De fait, on considère qu’en principe l’effet rétroactif de la ratification s’impose sauf si entre-temps des tiers ont acquis un droit (Cass. 19 mai 1994, Pas., 1994, I, p. 252).

Certes, mais lorsque la ratification opère dans un cadre contractuel, son effet rétroactif s’explique entièrement par le mécanisme du porte-fort.

Comme le dit le Professeur Foriers, l’effet rétroactif n’est que la marque de la conclusion du contrat par le porte-fort.

Il faut encore considérer que nous sommes en matière immobilière. La Cour pose que la réalisation de la condition résolutoire présente un effet réel (“heeft zakelijke werking”).

Or les actes translatifs de droit réel doivent être transcrits à la conservation des hypothèques (art. 1er de la loi hypothécaire).

Cette disposition ajoute que, jusque-là, ils ne pourront être opposés aux tiers qui auraient contracté sans fraude.

La Cour de cassation décide qu’il résulte de ces principes que si l’acte d’acquisition transcrit mentionne expressément que l’acquisition est faite au nom de la société en formation, cette modalité est opposable aux tiers.

Les droits acquis par les tiers du promoteur ou les saisies qu’ils auraient transcrites à sa charge viennent donc à disparaître (“komen te vervallen”).

L’arrêt de la Cour d’appel d’Anvers est donc cassé par la Cour de cassation.

C’est logique : s’ils sont de bonne foi, les tiers ne peuvent ignorer le mécanisme du porte-fort expressément mentionné dans l’acte signé par le promoteur ni, par conséquent, le mécanisme rétroactif propre à cette figure juridique.

Et en droits d’enregistrement ?

L’acte de vente d’un immeuble situé en Belgique par un porte-fort donne lieu au droit proportionnel.

En revanche, l’acte dressé pour constater que, conformément à l’article 60 du Code des sociétés, une société reprend, après sa constitution, l’acquisition ne donne lieu qu’au droit général.

Qu’en est-il lorsque la société reprend la vente de l’immeuble après l’expiration des délais légaux ?

Le promoteur est responsable de l’acte. La reprise de l’engagement constitue-t-elle une revente à nouveau soumise au droit proportionnel ?

Non, a décidé la Cour d’appel d’Anvers dans un important arrêt du 18 avril 2006 (Rép. R.J., E 12/12-03).

Il faut toutefois être prudent : pour éviter que la clause soit considérée comme une élection de command irrégulière au sens de l’article 159, 1°, C. enreg., il faut éviter (i) qu’existe une incertitude sur la personne qui acquiert et (ii) que cette personne puisse être désignée après la vente par l’acheteur.

C’est pour cette raison qu’il s’indique de désigner la société en formation de manière précise, par sa future forme et dénomination.

Et il faut aussi éviter de mentionner « agissant pour son compte ou, s’il préfère, pour une société à constituer. »

Voyez mon article du 8 mars 2013 à ce sujet.

La photo : le nouveau siège de l’IBGE, construit en face du site de Tour et Taxi et en rupture architecturale complète avec ce dernier. On appelle ce bâtiment « le grille-pain ». A n’en pas douter, une fois intégré dans l’aménagement complet du site, ce sera un bâtiment phare.

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La notion fiscale de « prêt d’argent »

Sous certaines conditions, les intérêts d’avances peuvent être requalifiés en dividendes (article 18, alinéa 1er, 4°, CIR 92). Est considéré comme avance, tout prêt d’argent, représenté ou non par des titres, consenti par une personne physique à une société dont elle est dirigeant et actionnaire ou associée, et tout prêt d’argent consenti par le conjoint […]

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Sous certaines conditions, les intérêts d’avances peuvent être requalifiés en dividendes (article 18, alinéa 1er, 4°, CIR 92).

Est considéré comme avance,

  • tout prêt d’argent, représenté ou non par des titres, consenti par une personne physique à une société dont elle est dirigeant et actionnaire ou associée,
  • et tout prêt d’argent consenti par le conjoint ou un enfant mineur d’un actionnaire ou d’un dirigeant à la société (l’actuel article 18, alinéa 2, CIR 92).

La notion de « créance » va se substituer à la notion fiscale de « prêt d’argent »

Il s’agit de l’article 18, alinéa 8, nouveau, qui entre en vigueur le 1er janvier 2020.

Cette disposition est applicable aux intérêts qui se rapportent aux périodes après le 31 décembre 2019. Elle s’exprimera comme suit :

Les dividendes comprennent : (…) 4° les intérêts des avances lorsqu’une des limites suivantes est dépassée et dans la mesure de ce dépassement :

– soit la limite fixée à l’article 55 (NDLR taux excessif),

– soit lorsque le montant total des avances productives d’intérêts excède la somme des réserves taxées au début de la période imposable et du capital libéré à la fin de cette période. (…)

Est considérée comme avance au sens de l’alinéa 1er, 4°, toute créance, représentée ou non par des titres, détenue par une personne physique sur une société dont elle possède des actions ou parts ou par une personne sur une société dans laquelle elle exerce un mandat ou des fonctions visés à l’article 32, alinéa 1er, 1°, ainsi que toute créance détenue le cas échéant par leur conjoint ou leurs enfants à cette société lorsque ces personnes ou leur conjoint ont la jouissance légale des revenus de ceux-ci, à l’exception (…) »

Dans la version actuelle jusqu’au 31 décembre 2019, « est considéré comme avance, tout prêt d’argent, représenté ou non par des titres, (…) ».

Pourquoi ce changement ?  On trouve la réponse dans les travaux parlementaires (doc 54-2864/001, pp. 32 et 33) :

La notion de « prêt d’argent » a entraîné de nombreuses discussions, surtout lorsqu’une créance relative à une vente avec report du paiement du prix d’achat est comptabilisée au crédit du compte-courant.

La jurisprudence tend souvent vers une interprétation juridique, civiliste de la notion de prêt d’argent, mais tient aussi compte des circonstances de fait pour apprécier s’il peut s’agir ou non d’un prêt d’argent.

Vu la finalité de l’article 18, alinéa 1er, 4°, CIR 92, les auteurs (du projet de loi) estiment qu’une interprétation large et économique doit être donnée au texte existant.

Afin de donner plus de sécurité juridique, le champ d’application de l’article 18, alinéa 1er, 4°, CIR 92 est clarifié.

Plutôt que d’insérer une définition fiscale de la notion de prêt d’argent dans le CIR 92, les auteurs proposent de revenir à la notion de “créances” pour définir les avances (article 4, 3°, de la proposition).

La requalification des intérêts en dividende sera donc facilitée.

La conséquence de cette modification de la loi ne tient pas dans la taxation du créancier (précompte mobilier) mais dans la taxation de la société.

En effet, si les intérêts sont déductible pour la société, les dividendes ne le sont pas.

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