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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Que devient le locataire à la vente du bien loué ? (VI)

O sait donc que l’acquéreur « entre dans les chaussures du bailleur » lorsque le bail de résidence principale a été enregistré. Il peut donc donner congé au preneur comme pouvait le faire son vendeur, c’est-à-dire pour occupation personnelle, pour réaliser des travaux importants ou en versant une indemnité.

On a vu que ces motifs et conditions de congé sont aussi à la disposition de l’acquéreur lorsque le bail n’a pas été enregistré, si le preneur occupe le bien loué depuis au moins six mois, si ce n’est qu’en ce cas, le congé peut être donné à tout moment (mais dans les trois mois de l’acte) et moyennant un préavis de trois mois au lieu de six mois. Le moment est donc venu d’examiner les conditions de ces congés.

Retenons en résumé, dans le bail de neuf ans, le bailleur peut mettre fin au bail :

  • À tout moment moyennant un préavis de six mois et sans indemnité pour motif d’occupation personnelle (art. 3, § 2),
  • À la fin de chaque triennat moyennant un préavis de six mois :
    • Sans indemnité pour travaux d’une certaine importance  (art. 3, § 3),
    • Sans motif mais moyennant une indemnité (art. 3, § 4).

L’occupation personnelle

  • Le congé peut être donné à tout moment sauf s’il est destiné à permettre l’occupation d’un collatéral au troisième degré, auquel cas le congé ne peut être donné avant la fin du premier triennat.
  • Le préavis est de six mois débutant le premier jour du mois qui suit (art. 3, § 9).
  • Il faut qu’il s’agisse d’une occupation personnelle et effective mais cela ne doit pas nécessairement être continu ni sur la totalité du bien loué.
  • Qui peut occuper ? Le bailleur ou ses descendants, ses enfants adoptifs, ses ascendants, son conjoint (n’est-ce pas discriminatoire pour le cohabitant légal ?), les descendants, ascendants et enfants adoptifs de son conjoint, ses collatéraux et les collatéraux de son conjoint jusqu’au troisième degré (pas avant trois ans pour ces derniers). Le degré est le nombre de niveau de parenté en remontant à et en redescendant vers l’ancêtre commun le plus proche.
  • Le congé doit indiquer qui va occuper personnellement et effectivement. Le locataire peut demander la preuve du lien de parenté, et cette preuve doit être fournie dans les deux mois à peine de nullité du congé.
  • L’occupation doit être réalisée dans l’année qui suit l’expiration du préavis et se poursuivre pendant deux ans au moins.

Si ces conditions ne sont pas rencontrées, le bailleur devra une indemnité de 18 mois de loyer, sauf s’il peut justifier d’une circonstance exceptionnelle.

Ce régime peut être exclu ou limité dans le bail.

Les travaux importants

  • Le congé peut être donné avec un préavis de six mois et pour l’expiration du premier et du deuxième triennat. En revanche, si le bailleur doit réaliser des travaux dans plusieurs logements qu’il possède dans l’immeuble, le congé peut être donné à tout moment, avec un préavis de six mois, sauf durant la première année.
  • Les travaux doivent affecter le corps du logement occupé et viser sa reconstruction, sa transformation ou sa rénovation, en tout ou en partie. Le bailleur doit communiquer en annexe du congé le permis d’urbanisme ou le devis détaillé ou la description des travaux et leur estimation.
  • Les travaux doivent respecter la destination des lieux. Le bailleur ne peut transformer un immeuble d’habitation pour faire des magasins ou des bureaux. Il est cependant précisé que cette destination est celle qui résulte des dispositions légales et réglementaires en matière d’urbanisme. Ce qui est déterminant est donc la destination autorisée plus que l’affectation réelle.
  • Le coût des travaux doit dépasser trois années du loyer ou deux années de loyer si plusieurs logements loués sont concernés.
  • Les travaux doivent débuter dans les six mois et se terminer dans les vingt-quatre mois de la fin de préavis éventuellement prorogé. À cet effet, le bailleur est tenu de communiquer gratuitement au preneur, à sa demande, les documents justifiant de la réalisation des travaux.

Ici aussi, la sanction du non-respect des conditions est une indemnité de 18 mois de louer, sauf justification par le bailleur d’une circonstance exceptionnelle. Et ici encore, ce régime peut être exclu ou limité à l’avantage du preneur.

On notera que le sort de l’acquéreur investisseur d’un immeuble de rapport à rénover a été pris en considération. En effet, celui qui possède plusieurs appartements dans l’immeuble peut donner congé à tout moment et non à chaque triennat (sauf la première année) et la valeur des travaux doit alors couvrir deux et non trois années de loyer.

Le versement d’une indemnité 

  • Le congé doit être donné pour l’expiration du premier et du deuxième triennat, avec un préavis de six mois.
  • L’indemnité s’élève à neuf mois de loyer si le congé est donné à l’expiration du premier triennat et de six mois si le congé est donné à l’expiration du deuxième triennat. Pour les triennat suivant, dans le bail de plus de neuf ans, l’indemnité s’élève à trois mois.

Le bailleur ne doit faire valoir aucun motif, contrairement au congé pour occupation personnelle ou travaux importants ; en revanche, dans les congés motivés, le bailleur ne doit pas payer d’indemnité (sauf s’il ne réalise finalement pas les conditions).

Ici aussi, le bail peut limiter ou exclure cette faculté de résiliation au profit du bailleur.

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Le défaut de conformité occulte

Une société achète des pneus pour ses camions. Il apparaît après la vente que les pneus présentent des entailles. L’acheteur agit sur base du vice caché mais il est débouté. En effet la Cour d’appel de Bruxelles reconnait que le vice était caché mais estime que l’action a été menée tardivement. Pour résister au paiement […]

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Une société achète des pneus pour ses camions.

Il apparaît après la vente que les pneus présentent des entailles.

L’acheteur agit sur base du vice caché mais il est débouté.

En effet la Cour d’appel de Bruxelles reconnait que le vice était caché mais estime que l’action a été menée tardivement.

Pour résister au paiement des pneus, l’acheteur invoque alors que la livraison n’était pas conforme.

Il oppose non plus le vice caché, mais l’inexécution de l’obligation de délivrance.

Il est débouté car la délivrance et l’agréation avait déjà eu lieu.

La Cour de cassation justifie ainsi la décision (7 juin 2019, rôle n° C.18.0509.N, www.juridat.be) :

“Het verborgen gebrek is het gebrek dat de koper bij de levering niet kon of niet moest kunnen vaststellen. Wanneer de verkochte zaak door een verborgen gebrek is aangetast, kan de koper alleen de rechtsvordering tot vrijwaring voor verborgen gebreken instellen en niet de rechtsvordering wegens niet-nakoming van de verbintenis om de zaak te leveren conform de verkochte zaak.”

Ma traduction : « le vice caché est un défaut que l’acheteur ne peut ou ne devrait pas constater à la délivrance. Quand la chose vendue est affectée d’un vice caché, l’acheteur ne peut qu’exercer l’action en garantie du vice caché et ne peut agir en réparation de l’inexécution de l’obligation de délivrer une chose conforme. »

Cette position est une constante dans la jurisprudence de le Cour de cassation : le vice de conformité, même occulte, ne peut plus être invoqué après l’agréation.

Cela se heurte à deux objections de bon sens :

  1. L’acheteur n’achète pas une chose viciée. Il faut lui délivrer la chose qui fut convenue et qui n’est donc pas viciée. L’obligation de délivrance est donc concernée.
  2. L’agréation est la décharge donnée à l’obligation de délivrance. Comment accepter la délivrance pour valable si le vice de conformité est occulte ? On ne peut agréer que ce que l’on voit.

Dans la logique de l’agencement des obligations du vendeur, la délivrance et l’agréation doivent porter sur l’état apparent tandis que la garantie porte sur ce qui est non apparent.

Cela signifierait que l’agréation laisse subsister une action en délivrance lorsque l’immeuble est affecté d’un vice de conformité occulte.

Ce n’est pas le cas, en réalité, la Cour de cassation donnant un effet extinctif total à l’agréation, ne laissant subsister que la garantie des vices cachés, en dépit des protestations de la doctrine.

Il n’existe pas dans la jurisprudence actuelle de survivance du défaut de conformité après l’agréation.

Cela explique que la Cour de cassation ait développé la notion de vice fonctionnel.

En principe, le vice caché est un défaut de la chose, c’est-à-dire une défectuosité intrinsèque.

Or le défaut occulte de conformité est plus souvent extrinsèque et fonctionnel.

C’est pour cela que la Cour de cassation a développé une jurisprudence étendant la notion de vice caché au vice extrinsèque ou fonctionnel.

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