Skip to content

Gilles Carnoy logo Carnet de route en Droit Immobilier

Carnoy & Associés, avocats à Bruxelles

Le bail meublé

Tout d’abord, il faut distinguer de quel type de bail meublé il est question.

S’il s’agit d’une location meublée avec services d’accueil et services annexes (type nettoyage ou changement du linge), la TVA pourrait trouver à s’appliquer.

Sur le tout, sans qu’il faille distinguer entre meuble et immeuble, s’agissant de service quasi hôtelier.

S’il s’agit simplement d’une location meublée, sans service d’accueil et prestations de services, alors la TVA ne trouve pas à s’appliquer. Du moins sur la composante location d’immeuble.

Quid des meubles ? Faut-il leur appliquer un régime propre du point de vue de la TVA ? Ou font-ils partie de la prestation principale qu’est la location immobilière ?

La Cour de Justice de l’UE a rendu un arrêt récent sur le sujet (arrêt du 19/12/2018, Mailat – Apcom Select, C-17/18).

Il convenait pour la Cour de déterminer le régime TVA applicable à la location d’un restaurant, comprenant l’immeuble avec tous les équipements nécessaires à l’activité.

La Cour commence par rappeler quelques principes :

  • Plusieurs prestations formellement distinctes, qui pourraient être fournies séparément et, ainsi, donner lieu, séparément, à taxation ou à exonération, doivent être considérées comme une opération unique lorsqu’elles ne sont pas indépendantes (arrêt du 27 juin 2013, RR Donnelley Global Turnkey Solutions Poland, C 155/12, EU:C:2013:434, point 20 et jurisprudence citée).
  • Une prestation doit être considérée comme unique lorsque deux ou plusieurs éléments ou actes fournis par l’assujetti sont si étroitement liés qu’ils forment, objectivement, une seule prestation économique indissociable dont la division revêtirait un caractère artificiel (arrêt du 27 juin 2013, RR Donnelley Global Turnkey Solutions Poland, C 155/12, EU:C:2013:434, point 21 et jurisprudence citée).
  • Une prestation doit être considérée comme accessoire à une prestation principale lorsqu’elle constitue pour la clientèle non pas une fin en soi, mais le moyen de bénéficier dans les meilleures conditions du service principal du prestataire (arrêt du 27 juin 2013, RR Donnelley Global Turnkey Solutions Poland, C 155/12, EU:C:2013:434, point 22 et jurisprudence citée).

Face au cas particulier qui lui est présenté, la Cour estime que :

« la location des biens meubles faisant l’objet du contrat de location ne semble pas pouvoir être dissociée de la location du bien immeuble en cause au principal. D’ailleurs, il n’est pas contesté que certains de ces biens meubles, tels que les équipements et appareils de cuisine, sont incorporés dans ce bien immeuble et doivent, à ce stade, être considérés comme faisant partie intégrante de celui-ci. Dans la mesure où les biens consommables qui ont été loués, ou, pour certains d’entre eux, cédés, en même temps que le bien immeuble étaient également affectés à l’exploitation du restaurant, au même titre que ce dernier bien, cette location/cession ne saurait pas davantage être considérée comme poursuivant une finalité propre, mais s’analyse comme un moyen de bénéficier dans les meilleurs conditions du service principal que constitue la location du bien immeuble (39).

Partant, la location du bien immeuble doit être considérée comme constituant la prestation principale par rapport à laquelle les autres prestations, à savoir la location de biens d’équipement et de biens consommables, ne sont qu’accessoires (40) ».

Par analogie, on peut considérer que si les preneurs recherchent bien un logement meublé, la location des biens meubles est indissociable de la prestation principale qu’est la location immobilière.

Les meubles ne sont pas une fin en soi, mais le moyen de bénéficier dans les meilleures conditions du service principal.

Aussi, même sous le régime du bail, la TVA ne trouverait pas nécessairement à s’appliquer.

On sait que pour éviter le problème de la TVA sur la location meublée, la pratique se dirige vers le bail « nu » couplé à un prêt de meuble.

On n’échappera pas à la question du caractère simulé ou abusif de cette opération.

Ceci étant, en principe, un prêt à usage relativement aux meubles permet, effectivement, d’éviter la TVA.

Mais, il faut garder à l’esprit qu’un prêt à usage n’est pas soumis à TVA uniquement car il est normalement conclu à titre gratuit.

Pour que la TVA trouve à s’appliquer, il faut une prestation à titre onéreux.

Dès lors qu’un prix est payé afin de bénéficier du prêt de meubles, l’administration y verra un contrat de location de meubles, lequel est soumis à la TVA (Manuel TVA, n°49).

Il ne suffit donc pas de qualifier l’opération de prêt ; encore faut-il qu’il s’agisse bien d’un prêt gratuit.

En résumé, si l’on suit l’enseignement de la Cour de justice, la TVA ne devrait pas trouver à s’appliquer, ni sur la partie immobilière, ni sur la partie mobilière (accessoire à la prestation principale).

Il ne faut évidemment pas que les prestations s’assimilent à celles d’un appart-hôtel. Auquel cas, la TVA trouvera à s’appliquer.

La qualité du preneur ne change rien.

Ou il s’agit d’une activité soumise à la TVA, auquel cas la TVA s’applique toujours. Ou il s’agit d’une activité exonérée, auquel cas elle ne s’applique pas. Bref, il faut examiner exclusivement l’activité développée du point de vue du bailleur.

Une nuance toutefois : l’assujettissement à la TVA sur option.

Depuis le 1er janvier 2019, bailleur et preneur peuvent convenir, ensemble, que la TVA trouvera à s’appliquer sur les loyers.

En résumé, il est nécessaire que la construction du bâtiment loué ait débuté au plus tôt le 1er octobre 2018 (ce qui se vérifie par la date d’émission des factures) et que le preneur utilise le bien exclusivement pour son activité lui conférant la qualité d’assujetti.

Dans la mesure où le preneur doit utiliser le bien pour l’activité lui conférant la qualité d’assujetti, cela implique en principe que la location d’un logement (meublé ou non) ne pourra pas être assujettie à la TVA sur option.

En effet, le preneur – qui par hypothèse sous-louerait – ne pourra pas appliquer la TVA sur cette opération de sous-location exemptée : il n’a donc pas la qualité d’assujetti en raison de cette activité.

Cela étant, si le preneur sous-loue afin de développer une activité d’appart-hôtel (selon les critères développés dans le mail précédent), alors – si bailleur et preneur le souhaitent – la TVA pourrait être appliquée sur les loyers.

En effet, dans cette hypothèse, le preneur utilise le bien loué dans le cadre de son activité soumise à la taxe : l’option est possible.

La photo : une nouvelle et belle façade avenue van Bever à Uccle.

Commentaires

facebook comments:

Pas encore de commentaire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Indemnité de dégâts locatifs et vente du bien

Selon l’article 1732 du Code civil, le preneur doit indemniser le bailleur des dégâts qui surviennent au bien loué pendant la location Si le bailleur répare lui-même les dégâts, il a droit à être indemnisé des frais de réparation. Qu’en est-il lorsque le bien est vendu en cours de bail ? Un arrêt de la Cour […]

Lire plus arrow_forward

Selon l’article 1732 du Code civil, le preneur doit indemniser le bailleur des dégâts qui surviennent au bien loué pendant la location

Si le bailleur répare lui-même les dégâts, il a droit à être indemnisé des frais de réparation.

Qu’en est-il lorsque le bien est vendu en cours de bail ?

Un arrêt de la Cour de cassation du 8 mars 2021 répond à la question (rôle n° Nr. C.20.0212.N, www.juportal.be).

La vente, dit l’arrêt, est un contrat par lequel la propriété d’un bien est transférée contre un prix en argent ; la contrepartie du transfert de propriété est un prix en argent.

Il résulte de ce qui précède que, lorsque le bailleur répare lui-même l’immeuble et le vend ensuite, le prix qu’il reçoit est la contrepartie de la propriété et n’est pas destiné à l’indemniser des dégâts locatifs.

Le prix de la vente ne peut donc être imputé sur l’indemnité dont le locataire est redevable par suite de dégâts locatifs.

Beoordeling

Krachtens artikel 1732 Oud Burgerlijk Wetboek is de huurder aansprakelijk voor de beschadiging of de verliezen die gedurende zijn huurtijd zijn ontstaan, tenzij hij bewijst dat die buiten zijn schuld hebben plaatsgehad.

Uit deze bepaling volgt dat de huurder gehouden is tot vergoeding van de huurschade waarvoor hij aansprakelijk is, en dat, in geval de eigenaar zelf de huurschade herstelt, hij recht heeft op terugbetaling van de herstelkosten.

Krachtens artikel 1582 Oud Burgerlijk Wetboek is koop een overeenkomst waarbij de ene partij zich verbindt om een zaak te leveren, en de andere om daarvoor een prijs te betalen.

De tegenprestatie voor de eigendomsoverdracht van de zaak is een prijs in geld.

Uit het voorgaande volgt dat, wanneer de eigenaar zelf de huurschade herstelt en vervolgens het goed verkoopt, hij de koopprijs van de koper ontvangt als tegenprestatie voor de eigendomsoverdracht en de betaling van de koopprijs niet strekt tot vergoeding van de huurschade. De koopprijs die de eigenaar ontvangt, kan bijgevolg niet worden toegerekend op de vergoeding die de huurder verschuldigd is omwille de huurschade.

Het middel dat uitgaat van een andere rechtsopvatting, faalt in zoverre naar recht.

Met de redenen dat de vraag « of [de eigenaars] de woning na het einde van de huur al dan niet totaal hebben gerenoveerd, geen enkel belang [heeft] bij het bepalen van de omvang van hun vergoedingsrecht », verwerpt en beantwoordt de appelrechter het in het middel bedoelde verweer.

In zoverre het middel schending aanvoert van artikel 149 Grondwet, mist het feitelijke grondslag.

  • Sitothèque

  • close