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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Indivision en séparation, communauté et indemnité d’assurance

Des époux mariés sous le régime de la séparation sont propriétaires indivis d’un immeuble abritant la famille.

Monsieur souscrit seul une police d’assurance du risque d’incendie du bien.

Ils se séparent.

L’immeuble périt par le feu.

Madame réclame à l’assureur la moitié de l’indemnité au motif de ce qu’elle est propriétaire indivise pour moitié de cet immeuble.

L’assureur AXA refuse de payer la moitié de l’indemnité à Madame dès lors qu’elle n’est pas l’assuré.

Madame introduit une procédure contre AXA.

La Cour d’appel de Liège donne raison à Madame, au moyen d’un raisonnement par analogie.

Les juges d’appel s’inspirent de l’article 1416 du Code civil applicable à la gestion du patrimoine commun dans le régime légal.

Selon cette disposition, la communauté est gérée par l’un ou l’autre des époux au profit du bien commun.

« Mutatis mutandis, dit la Cour d’appel de Liège, il en est de même pour une police d’assurance souscrite par l’un des époux pour protéger un immeuble dont il est propriétaire avec son conjoint et qui constitue le logement familial. »

Les juges d’appel en déduisent que Madame a la qualité d’assurée et qu’elle peut prétendre à la moitié de l’indemnité.

AXA ne l’entend pas de cette oreille et forme un pourvoi en cassation.

La seconde branche du moyen oppose deux arguments :

Tout d’abord, il n’apparaît pas que la police soit contractuellement souscrite pour le compte des deux époux.

Une telle stipulation ne peut ressortir que de la police (art. 1165 et 1221 du Code civil) et non d’un élément extrinsèque à celle-ci comme l’indivision ou les règles de gestion d’une communauté (qui n’existe pas).

En d’autres termes, Madame ne trouve aucun droit dans la police qu’elle n’a pas souscrite et qui ne la désigne pas en qualité de bénéficiaire.

D’autre part, un raisonnement par analogie avec le fonctionnement de la communauté légale entre époux n’est pas pertinent lorsqu’il n’existe pas de communauté mais une indivision ponctuelle.

Ces arguments vont convaincre la Cour de cassation (23 mai 2016, rôle n° C.15.0440.F, www.juridiat.be).

La Cour constate que les pouvoirs de gestion du patrimoine commun par des époux mariés selon le régime légal, sont étrangers à la gestion d’un bien indivis par un des époux mariés sous le régime de la séparation de biens.

Aussi, le fait que Madame soit propriétaire pour moitié de l’immeuble sinistré ne lui donne pas le droit à la moitié de l’indemnité d’assurance.

Cet arrêt nous rappelle qu’une indivision et ne confère pas la même protection que la communauté légale.

Les époux qui cohabitent dans le bien indivis et qui contribuent ensemble aux frais du ménage ont naturellement tendance à l’oublier.

La photo : le bâtiment de la Communauté Wallonie-Bruxelles, place Surlet de Chokier à Bruxelles. L’intérêt de l’immeuble réside dans le contraste entre la partie inférieure et supérieure (qui n’apparaît malheureusement pas sur la photo).

Commentaires

facebook comments:

  1. Avatar
    Samain #

    Au départ, curieuse police d’assurances qui ne concernerait qu’une partie indivise (mathématique) de la maison!

    P.Samain

    juillet 21, 2016
    • Avatar

      Bonjour,
      Il ne résulte pas de l’arrêt qu’une moitié d’immeuble était assurée, ce qui serait difficile comme vous le soulignez.
      GC

      juillet 22, 2016
  2. Avatar
    Pascale De Visscher #

    Tssss…typique d’AXA!
    Quoi qu’il en soit, est-ce que Monsieur a réçu la totalité de l’indemnité?…

    juillet 29, 2016

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Urbanisme et bail commercial

Le bailleur peut refuser au preneur le renouvellement de son bail, pour quatre motifs énoncés à l’article 16, I, 1° à 4°, de la loi sur les baux commerciaux. Notons que l’acquéreur peut expulser le preneur, si le bail réserve la faculté d’expulsion, en invoquant l’un de ces motifs. Parmi les motifs en question, figure […]

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Le bailleur peut refuser au preneur le renouvellement de son bail, pour quatre motifs énoncés à l’article 16, I, 1° à 4°, de la loi sur les baux commerciaux.

Notons que l’acquéreur peut expulser le preneur, si le bail réserve la faculté d’expulsion, en invoquant l’un de ces motifs.

Parmi les motifs en question, figure la volonté de démolir et reconstruire l’immeuble loué.

Le bailleur peut aussi refuser le renouvellement sans motif mais il doit alors payer une indemnité de trois ans de loyer, voire davantage si le préjudice du preneur est supérieur.

Le bailleur doit réaliser dans les six mois l’intention pour laquelle il a refusé le renouvellement et doit maintenir cette intention durant au moins deux ans.

Sinon, sauf s’il justifie d’un motif grave, il doit payer une indemnité de minimum trois ans de loyer (art. 25, alinéa 1er, 3°).

Une démolition suivie d’une reconstruction est une opération qui constitue en règle des travaux soumis à permis d’urbanisme selon l’article 98, § 1, 3° et 4°, CoBAT.

Le bailleur doit donc réaliser dans les six mois du départ du preneur l’intention qu’il a manifestée, à savoir démolir et reconstruire l’immeuble loué.

Or il est impossible d’obtenir un permis d’urbanisme pour ces travaux dans le délai de six mois.

La Cour de cassation a réglé le problème :

« Que, pour l’application de l’article 25, alinéa 1er, 3° précité, il suffit que le bailleur réalise son intention de reconstruction dans le délai déterminé ; que l’introduction d’une demande d’obtention de l’autorisation légalement requise pour les travaux peut, selon les circonstances, faire partie de la réalisation de cette intention ;

Attendu que le moyen, en cette branche, allègue que la délivrance d’un permis de bâtir n’est qu’une exigence pour la réalisation de certains travaux mais qu’elle doit être distinguée de la réalisation même des travaux pour lesquels le permis a été demandé, que pour l’application de l’article 25, alinéa 1er, 3°, précité, les travaux mêmes doivent avoir commencé dans le délai de six mois qui suivent l’abandon du bien loué et qu’un tel permis n’est pas assimilé à une exécution ou même un commencement d’exécution des travaux pour lesquels le permis est demandé ;

Que le moyen, en cette branche, manque en droit ; »

(Cass., 5 février 2005, rôle n° C.02.0404.N, www.juridat.be).

Cela signifie que le délai de deux ans démarre lorsque la demande de permis d’urbanisme couvrant les travaux nécessaires est introduite de manière sérieuse.

Cela veut dire que la demande doit être formée dans les six mois et , dans la mesure du possible, contenir les annexes permettant d’obtenir un accusé de réception de dossier complet.

Si le permis d’urbanisme est délivré après le délai de six est indifférent.

Comme le dit D. Janssens  « à noter que la Cour de cassation est restée prudente puisqu’elle précise que le dépôt d’une demande de permis peut, suivant les circonstances, constituer la réalisation du motif du congé. La doctrine est nuancée, et rappelle que le bailleur ne peut attendre la dernière minute et doit faire diligence dès avant le départ du locataire, de manière à obtenir son autorisation dans le délai de six mois. »

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