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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Trouble de voisinage : avec et sans faute

La théorie des troubles de voisinage s’appuie sur l’article 544 du Code civil.

Un arrêt fameux de la Cour de cassation du 6 avril 1960 a défini le fondement de cette théorie :

« Attendu que l’article 544 du Code civil reconnaît à tout propriétaire le droit de jouir normalement de sa chose.

Attendu que, les propriétaires voisins ayant ainsi un droit égal à la jouissance de leur propriété, il en résulte qu’une fois fixés les rapports entre les propriétés voisines compte tenu des charges normales résultant du voisinage, l’équilibre ainsi établi doit être maintenu entre les droits respectifs des propriétaires.

Attendu que le propriétaire d’un immeuble qui, par un fait non fautif, rompt cet équilibre, en imposant à un propriétaire voisin un trouble excédant la mesure des inconvénients ordinaires du voisinage, lui doit une juste et adéquate compensation, rétablissant l’égalité rompue. »

Comme on le voit, il n’est pas requis que la rupture de l’équilibre des jouissances soit provoquée par une faute.

Un fait non fautif suffit, pourvu qu’il soit imputable au voisin.

On relève aussi qu’il n’est pas question d’indemniser, ce qui doit se faire intégralement, mais seulement de compenser, c’est à dire de rétablir seulement l’équilibre.

C’est toute la différence entre la responsabilité (faute et indemnisation) et le trouble de voisinage (sans faute et compensation).

Les deux responsabilités peuvent-elles cohabiter ?

La Cour de cassation a récemment répondu par l’affirmative (Cass., 11 février 2016, rôle n° C.15.0031.N, www.juridat.be).

Elle a jugé que les responsabilités sans faute et par faute peuvent coexister, plus précisément qu’un fait fautif peut aussi constituer un trouble de voisinage

La Cour juge :

« L’action en trouble de voisinage fondée sur l’article 544 du Code civil suppose un trouble anormal causé par un acte, une abstention ou un comportement imputable au voisin.

La circonstance que cet acte, cette abstention ou ce comportement peut être qualifié de fautif n’empêche pas l’application de l’article 544 du Code civil.

Les juges d’appel qui ont jugé non fondée la demande en ce qu’elle est basée sur l’article 544 du Code civil, puisque la première défenderesse avait commis une faute provoquant l’incendie et puisqu’il n’était pas question d’un comportement imputable mais non fautif, ont ajouté une  condition à l’article 544 que cette disposition ne contient pas. »

Pourquoi invoquer à la fois les deux responsabilités ?

Pour de complexes raisons de différences de couvertures d’assurance entre les divers types de dommages et de responsabilités.

Dans la version d’origine de l’arrêt :

“De vordering wegens burenhinder gesteund op artikel 544 Burgerlijk Wet-boek veronderstelt een abnormale hinder veroorzaakt door een daad, verzuim of gedraging die aan de buur toerekenbaar is.

De omstandigheid dat deze daad, dit verzuim of deze gedraging als foutief kan worden bestempeld, verhindert de toepassing van artikel 544 Burgerlijk Wetboek niet.

De appelrechters die oordelen dat vermits de eerste verweerster een fout heeft begaan die aanleiding heeft gegeven tot het ontstaan van de brand en er geen sprake is van een niet-foutieve maar aan haar toerekenbare gedraging, de vorderingen van de eerste in gemeenverklaring opgeroepen partij en van de eiseres, in de mate dat zij gesteund zijn op artikel 544 Burgerlijk Wetboek, ongegrond zijn, voegen aan de toepassing van artikel 544 Burgerlijk Wetboek een voorwaarde toe die deze niet bevat.”

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Rupture des pourparlers d’acquisition d’un immeuble : préjudice de déconvenue

En France, la Cour de cassation reconnait le préjudice de déconvenue ou de déception par suite de la rupture brutale des négociations d’acquisition. Voici l’arrêt (Cass., fr., 3ième chambre civile, 18 octobre 2011, (https://www.legifrance.gouv.fr/) : « Attendu qu’ayant relevé que l’offre de M. et Mme X… avait été transmise par le notaire le 25 avril 2005 à […]

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En France, la Cour de cassation reconnait le préjudice de déconvenue ou de déception par suite de la rupture brutale des négociations d’acquisition.

Voici l’arrêt (Cass., fr., 3ième chambre civile, 18 octobre 2011, (https://www.legifrance.gouv.fr/) :

« Attendu qu’ayant relevé que l’offre de M. et Mme X… avait été transmise par le notaire le 25 avril 2005 à Mlle Y… qui avait souhaité faire insérer dans la promesse de vente quelques modifications dont elle avait communiqué la teneur par « mail », que le notaire lui avait adressé deux projets d’acte les 25 et 29 avril afin qu’il fût signé par tous les indivisaires, que les parties étaient convenues de la date à laquelle l’acte serait réitéré en la forme authentique, que le 29 avril Mlle Y… avait communiqué au notaire un projet d’acte complété et modifié qu’elle devait faire signer à ses coïndivisaires le « week-end » suivant, que le 4 mai elle avait rappelé au notaire qu’elle n’avait pas été fixée sur la réponse des vendeurs quant aux modifications apportées au projet et lui avait fait part que son père avait reçu une proposition d’achat pour un montant supérieur et que, le même jour, elle avait confirmé à une collaboratrice de l’étude notariale que l’indivision n’entendait pas donner suite à l’offre d’acquisition des époux X… et ayant constaté que la rupture était intervenue alors qu’un « compromis » avait été élaboré et soumis à sa signature, la cour d’appel, qui n’était pas tenue de procéder à une recherche que ses constatations rendaient inopérante, a légalement justifié sa décision en retenant que Mlle Y… avait rompu brutalement les pourparlers engagés ;

Sur le deuxième moyen, ci-après annexé :

Attendu qu’ayant constaté que la rupture abusive des pourparlers avait causé à M. et Mme X… un préjudice constitué par la déconvenue de ne pouvoir acquérir le bien qu’ils convoitaient, la cour d’appel a pu en déduire que ces derniers faisaient la preuve d’un préjudice indemnisable en relation avec la faute de Mlle Y… ; »

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