Skip to content

Gilles Carnoy logo Carnet de route en Droit Immobilier

Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Investir dans une immobilière américaine

Que se passe-t-il lorsque des résidents personnes physiques belges se proposent d’investir des capitaux dans une limited liability company (LLC) basée aux Etats-Unis.

La LLC possède un régime de transparence fiscale aux Etats-Unis.

La nouvelle CPDI du 27 novembre 2006 conclue entre la Belgique et les Etats-Unis est particulière. Elle est en vigueur depuis le 1er janvier 2008.

Elle déroge en de nombreux points au modèle standard proposé par le OCDE et au modèle standard belge.

Ceci en rend l’analyse plus délicate.

Des dérogations et régimes spécifiques concernent notamment les sociétés fiscalement transparentes telles que les LLC.

Un commentaire administratif se trouve dans la circulaire AAF n° 3/2013 (AAF/97-0380) du 5 février 2013.

Selon cette circulaire :

« La notion d’entité fiscalement transparence fait référence à une entité qui n’est pas un sujet fiscal et qui n’est pas assujettie en tant que telle à l’impôt sur les revenus. Les revenus réalisés par l’intermédiaire de l’entité sont directement assujettis à l’impôt dans le chef de ses associés, membres ou autres participants sans tenir compte de l’entité. Le fait qu’une entité soit transparente ou non influence le régime fiscal interne applicable aux revenus réalisés par l’intermédiaire de celle-ci ainsi que l’application de la Convention ».

  1. Imposition des revenus immobiliers dans la LLC

Les revenus issus des immeubles situés aux Etats-Unis seront en principe imposable aux Etats-Unis, en raison de l’article 6 de la CPDI.

En raison de la transparence fiscale de la LLC aux yeux de la loi américaine, les résidents belges seront directement imposables aux Etats-Unis sur ces revenus immobiliers.

Dans la mesure où la LLC est dotée de la personnalité juridique (bien que fiscalement transparente), ces revenus immobiliers seront – pour la Belgique – considérés comme étant obtenus par la LLC.

En conséquence, ces revenus immobiliers ne sont pas imposables en Belgique, en dépit de la transparence fiscale prévue par la convention.

  1. Distribution de dividendes par la LLC

Classiquement, la distribution de dividendes donne lieu à une retenue à la source par l’Etat de la source (ici, les USA) et à une imposition dans le pays de résidence (ici, la Belgique).

L’article 22, § 1er, b), de la CPDI exempte cependant d’impôt en Belgique les dividendes perçus d’une société fiscalement transparente établie aux USA lorsque le résident belge a été imposé aux USA sur les revenus servant au paiement des revenus traités comme des dividendes en vertu de la législation belge.

Or, le résident belge sera bien imposé aux Etats-Unis sur les revenus immobiliers perçus par la LLC.

Ceci est confirmé par le paragraphe 31 de la circulaire : une LLC est dotée de la personnalité juridique aux Etats mais, fiscalement transparente, les associés sont directement imposables selon la loi américaine.

Il faut d’ailleurs préciser que l’article 22, § 1er, b), de la CPDI prévoit que l’exemption n’est accordée que si l’associé belge a été « imposé » aux Etats-Unis.

A cet égard, il faut appliquer l’arrêt Sidro du 15 septembre 1970 de la Cour de cassation. La circulaire le précise elle-même en son paragraphe 33.

Par cet arrêt, la Cour de cassation estime en substance que le terme « imposé » signifie seulement que le revenu considéré doit avoir subi le régime d’imposition prévu par la loi américaine.

A partir du moment où un régime d’imposition est prévu, le revenu est considéré comme « imposé ».

Cela signifie que si le régime d’imposition prévu est une exemption, le revenu devra bien être considéré comme ayant été « imposé » car il a subi le régime d’imposition prévu.

Les paragraphes 36 à 40 de la circulaire confirment qu’une personne physique qui est un résident de Belgique et qui reçoit directement des dividendes attribués par une LLC peut, en principe bénéficier du sous-paragraphe 1, b) de l’article 22.

Cette exemption doit être accordée quel que soit le moment où l’impôt est dû aux Etats-Unis. La Belgique doit donc accorder l’exemption même si l’impôt est établi aux Etats-Unis sur des revenus d’une ou plusieurs périodes imposables antérieures et s’il existe un décalage quant aux moments de l’imposition.

Ces dividendes ne doivent pas être soumis à un précompte mobilier en Belgique.

Lorsque la participation dans l’entité transparente n’est pas affectée à l’exercice de l’activité professionnelle d’une personne physique, les dividendes doivent être mentionnés à la déclaration à l’impôt des personnes physiques sous la rubrique « dividendes d’origine étrangère sans précompte mobilier ») et la rubrique « Revenus auxquels un régime spécial d’imposition est applicable ».

Par contre, aucune disposition conventionnelle n’interdit aux Etats-Unis d’opérer un éventuel prélèvement à la source.

Il apparaît néanmoins peu probable que les Etats-Unis opèrent un prélèvement à la source dans la mesure où la LLC est considérée comme fiscalement transparente, ce qui exclut en principe l’imposition des dividendes.

  1. Conclusion

La situation fiscale peut donc être résumée comme suit :

  • Les personnes physiques associées de la LLC seront directement imposables aux Etats-Unis sur les revenus immobiliers perçus, ceci conformément à la loi américaine ;
  • Ces revenus ne devront pas être déclarés en Belgique car la Belgique considère que ces revenus sont perçus par la LLC américaine et non par le résident belge ;
  • La distribution de dividendes sera exemptée d’impôts en Belgique et, a priori, également aux Etats-Unis ;
  • Les dividendes obtenus devront néanmoins être déclarés en Belgique.

La photo : une belle façade moderniste entre deux immeubles classiques (L. Homez, 1928) rue Emile de Béco à Ixelles. On voit l’inscription « Imprimerie des sciences ». Cela explique la style moderniste. La rue est tracée sur l’assiette de l’ancienne rue du Cygne, ancien chemin surpeuplé et bordé d’impasses en carré.  C’est le Plan de la transformation du quartier du Cygne (arrêté royal du 11 décembre 1892) qui redresse et élargit cette voiries selon un plan du fameux commissaire-voyer Victor Besme.

Commentaires

facebook comments:

Pas encore de commentaire

Laisser un commentaire

Condition suspensive

Une condition suspensive est généralement stipulée en faveur d’une partie. Cette partie peut alors renoncer à se prévaloir de la condition pour tenir la convention pour définitive « Mais attendu qu’ayant, par motifs propres et adoptés, souverainement retenu que la condition de contrôle de la situation d’urbanisme n’intéressait que l’acquéreur qui pouvait seul renoncer à se […]

Lire plus arrow_forward

Une condition suspensive est généralement stipulée en faveur d’une partie. Cette partie peut alors renoncer à se prévaloir de la condition pour tenir la convention pour définitive

« Mais attendu qu’ayant, par motifs propres et adoptés, souverainement retenu que la condition de contrôle de la situation d’urbanisme n’intéressait que l’acquéreur qui pouvait seul renoncer à se prévaloir de l’absence de réalisation de cette condition suspensive, que celle relative à la purge de tous droits de préemption ou de préférence intéressait les deux parties, que sa réalisation dépendait de la bonne volonté du vendeur qui, en présentant la déclaration d’intention d’aliéner postérieurement à la date fixée du 15 janvier 2009, avait manifesté expressément sa volonté de ne pas se prévaloir de la caducité du fait du dépassement du terme et que les conditions suspensives avaient été réalisées, la cour d’appel, qui n’était pas tenue de procéder à des recherches qui ne lui étaient pas demandées, en a déduit, à bon droit, que le « compromis » de vente n’était pas caduc lors de la demande en réitération de la vente par acte authentique ; » (Cass., fr., 3ième chambre, 12 novembre 215, www.legifrance.com).

Si une partie peut renoncer à la condition suspensive stipulée dans son intérêt, la renonciation doit cependant intervenir dans le délai fixé pour sa réalisation :

« Attendu que pour rejeter la demande de caducité et constater le transfert de propriété au profit de la société Factory l’arrêt retient que la clause suspensive relative à l’obtention des permis n’a été prévue que dans l’intérêt de l’acquéreur puisque lui seul pouvait y renoncer, qu’aucun formalisme n’était envisagé pour cette renonciation, et que si l’acte devait être réitéré au plus tard le 31 décembre 2004, cette date n’était pas extinctive mais avait pour effet d’ouvrir une période pendant laquelle chacune des parties pouvait sommer l’autre de s’exécuter ; qu’il incombait aux consorts X…, avant de prendre d’autres engagements, de mettre en demeure la société Factory de prendre position et de lui préciser si elle renonçait ou non au bénéfice de la condition suspensive relative à l’obtention des permis, ce qu’ils n’ont pas fait ;

Qu’en statuant ainsi, alors que dès lors que la date du 31 décembre 2004 constituait le point de départ de l’exécution forcée du contrat, la renonciation de l’acquéreur au bénéfice des conditions suspensives devait intervenir avant cette date, la cour d’appel a violé le texte susvisé ; » (Cass., fr., 3ième chambre, 17 décembre 2008).

  • Sitothèque

  • close