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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Quel juge revoit l’astreinte quand la décision est frappée d’appel?

L’astreinte est une condamnation accessoire qui vise à assurer l’exécution d’une condamnation principale de faire ou de ne pas faire (pas une condamnation pécuniaire).

Il s’agit, par exemple, de la condamnation à charge d’un occupant expulsé à payer un montant par jour de retard à délaisser les lieux.

L’article 1385quinquies, alinéa 1er, du Code judiciaire dispose que « Le juge qui a ordonné l’astreinte peut en prononcer la suppression, en suspendre le cours durant le délai qu’il indique ou la réduire, à la demande du condamné, si celui-ci est dans l’impossibilité définitive ou temporaire, totale ou partielle de satisfaire à la condamnation principale.

Que se passe-t-il lorsque le jugement qui a ordonné les astreintes fait l’objet d’un appel tendant, justement, à supprimer ces astreintes.

Est-il encore possible de revenir devant le premier juge pour réduire ou supprimer ces astreintes sur base de l’article 1385quinquies ?

Le juge qui a ordonné l’astreinte devient, par l’effet dévolutif de l’article 1068 du Code judiciaire, le juge Cour d’appel.

En décider autrement reviendrait à modifier un dispositif assorti d’astreintes alors qu’il est soumis à réforme du juge d’appel. Celui-ci statuerait sur des astreintes qui pourraient ne plus exister.

Il ne pourrait en être autrement que si l’appel ne portait pas sur les astreintes mais seulement sur la condamnation principale.

Toutefois, l’article 1385quinquies est formel, c’est le juge qui a ordonné l’astreinte qui peut en prononcer la suppression ou la réduire, donc le premier juge et non le juge d’appel.

Dabs une affaire où le juge d’appel avait confirmé les astreintes, la Cour Benelux avait répondu qu’il appartenait au premier juge et non au juge d’appel, de statuer sur une demande en suppression ou en réduction (Cour Benelux, 15 avril 1992, www.courbeneluxhof.be).

Cette position est logique car, après que le juge d’appel ait statué et vidé sa saisine, il n’existe plus d’effet dévolutif.

Mais qu’en est-il si le juge d’appel ne s’est pas encore prononcé ?

Le tribunal de première instance de Namur, se fondant sur l’effet dévolutif de l’appel, désigne le juge d’appel et non le juge de première instance (Civ., Namur, 21 janvier 1993, J.L.M.B., 1993, p. 1033 et la note critique de G. de Leval).

Les seuls auteurs qui se sont prononcé sur la question (M. Vandermersch, « Incidence de l’astreinte sur la réformation en appel de la décision entreprise », R.G.D.C., 1995, p. 234) se basent par extrapolation sur l’arrêt de la Cour Benelux du 15  avril 1992, arrêt qui ne correspond toutefois pas exactement à la situation concernée.

Dans un arrêt du 15 mai 1998 (Pas., I, 1998, p. 256), la Cour de cassation pose que le juge d’appel qui confirme une condamnation assortie d’une astreinte ne peut ordonner lui-même la suppression de l’astreinte prononcée par le jugement dont appel.

C’est l’exacte application de l’arrêt de la Cour Benelux du 15 avril 1992.

Cependant, dans l’arrêt du 27 octobre 1988 (Pas., 1988, I, 9. 219), la Cour de cassation juge au contraire qu’il appartient au juge d’appel qui confirme la décision du premier juge ordonnant une astreinte d’apprécier si, comme le soutient le condamné, celui-ci est dans l’impossibilité totale ou partielle de satisfaire à la condamnation principale et de prononcer éventuellement la suppression, la suspension ou la réduction de l’astreinte.

Cet arrêt porte, une nouvelle fois, sur la situation où le juge d’appel a statué sur l’appel.

La question qui se pose reste de savoir si le premier juge, dessaisi par un appel peut supprimer ou réduire les astreintes tant que le juge d’appel n’a pas encore tranché.

Dans sa note sous l’arrêt de la Cour de cassation du 14 octobre 2004 (« La révision de l’astreinte : une impossible équation », R.C.J.B., 2005, p. 770), O.  Mignolet reconnait que « la question reste débattue », opposant les tenants de l’effet dévolutif à ceux de l’interprétation littérale de la notion de « juge qui a prononcé les astreintes ».

Le tribunal de première instance de Liège reconnait, lui aussi, que la question est controversée lorsque l’affaire est pendante en appel (9 mai 1994, J.T., 1995, p. 111), sans vraiment se prononcer.

La question a finalement été posée à la Cour Benelux par voie préjudicielle, suivant l’article 6.2. du Traité Benelux du 31 mars 1965.

Dans un arrêt du 27 mai 2013 (A/2012/2/5), la Cour Benelux a tranché en faveur du premier juge au sens strict du terme, à savoir le juge de première instance.

Cette décision est dans la ligne de l’arrêt du 15 avril 1992. Le dispositif de l’arrêt est clair :

« L’article 4, alinéa 1er, de la loi uniforme relative à l’astreinte doit être interprété en ce sens que lorsque le premier juge a prononcé une condamnation principale sous peine d’astreinte, et que la partie condamnée a interjeté appel en demandant au juge d’appel une révision de l’astreinte, notamment une réduction de celle-ci, et que le juge d’appel n’a pas encore statué, seule le premier juge est le juge ‘qui a ordonné l’astreinte’ au sens de cette disposition. »

Voilà donc une controverse qui s’éteint par une heureuse solution de continuité avec la jurisprudence antérieure.

Il en résulte que le juge de première instance reste compétent durant l’appel, sur base de l’article 1385quinquies du Code judiciaire.

Si le premier juge supprime l’astreinte par application de cette disposition, le juge d’appel ne pourra plus que constater que l’appel est sur ce point devenu sans objet.

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Lire plus arrow_forward

Il existe un nouveau projet de loi du 31 juillet 2018 (DOC 54 3254/001 p. 27) sur la TVA optionnelle des loyers ; ce projet est à présent publié sur le site www.lachambre.be.

Une des conditions d’assujettissement optionnel des loyers à la TVA est que le bail porte sur un bien neuf.

Cela signifie que l’option ne peut être exercée que pour des baux sur des bâtiments pour lesquels les taxes grevant les travaux immobiliers, qui concourent spécifiquement à l’érection de ces bâtiments, sont exigibles pour la première fois au plus tôt le 1er  octobre 2018.

L’article 19, § 2, in fine du Code TVA définit les travaux immobiliers comme « … tout travail de construction, de transformation, d’achèvement, d’aménagement, de réparation, d’entretien, de nettoyage et de démolition de tout ou partie d’un immeuble par nature, ainsi que toute opération comportant à la fois la fourniture d’un bien meuble et son placement dans un immeuble en manière telle que ce bien meuble devienne immeuble par nature. »

Cette règle relative à l’application dans le temps du nouveau régime tient compte des points 9  et 11  de l’avis du Conseil d’État n° 63.256/3 du 17 mai 2018.

Sont par conséquent concrètement visés, les travaux immobiliers visant à ériger un nouveau bâtiment qui ont été réalisés après le 1er octobre 2018 ou, le cas échéant, même avant le 1er octobre 2018, mais pour lesquels aucune TVA n’est encore devenue exigible avant le 1er octobre 2018.

Les coûts liés à ces opérations comprennent exclusivement les frais de construction matériels proprement dits relatifs au bâtiment ou fraction de bâtiment.

Ne sont dès lors pas considérées comme des travaux immobiliers visant à ériger un bâtiment et ne sont par conséquent pas prises en compte, les opérations de nature intellectuelle, ou plus généralement parlant, de nature immatérielle.

Il s’agit notamment des opérations telles que les prestations des architectes et géomètres, les prestations des conseillers en prévention et sécurité, les études d’incidences préalables à la construction, l’achat de matériaux destinés à la construction ou encore la location de machines en vue de la construction.

Ne sont pas non plus considérés comme des travaux immobiliers visant à ériger le bâtiment même et ne sont par conséquent pas pris en compte, tous les travaux relatifs à la démolition préalable intégrale d’un bâtiment et tous les travaux relatifs au sol. Il s’agit notamment des travaux de sondage, d’assainissement, de terrassement ou de stabilisation du sol, tels que les travaux de recépage.

Sinon, il faut postposer toute facturation au 1er octobre prochain.

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