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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Remploi anticipé (I)

Dans le régime légal de la communauté entre époux, tous biens dont il n’est pas prouvé qu’ils sont propres, entrent dans le patrimoine de communauté (art. 1405, 4° Code civil).

Pour éviter l’application de cette présomption, un époux en communauté légale, qui acquiert un immeuble, peut déclarer que l’acquisition est faite en remploi d’un propre, et qu’elle est payée à concurrence de plus de la moitié, au moyen du produit de l’aliénation d’un immeuble propre ou de fonds dont le caractère propre est établi (art. 1402 Code civil).

Cette opération peut même être effectuée de manière anticipée. L’époux acquiert alors un immeuble au moyen de fonds communs, et fait dans l’acte une déclaration de remploi anticipé. Pour autant qu’il rembourse au patrimoine commun, dans les deux ans de l’acte, plus de la moitié des sommes prélevées sur le patrimoine commun, le bien acquis aura le caractère de propre à dater du remboursement (art. 1403 Code civil). Comme c’est à dater du remboursement que le bien acquis en remploi anticipé sera propre, jusqu’au remboursement, il sera commun[1], ce qui est important en cas de dissolution de la communauté entre l’acquisition et le remboursement.

Le remploi anticipé est-il une solution pour un époux marié en communauté et en instance de divorce, pour acheter en propre, sachant qu’il trouvera les ressources pour acheter dans les deux ans du fait du partage issu de la dissolution de la communauté ? Monsieur Leleu ne le pense pas car, entre époux, les effets du divorce remontent au début de la procédure (art. 1278 et 1304 Code judiciaire). Il n’est alors pas possible d’acheter avec des fonds d’une communauté qui rétroactivement n’existera plus. De plus, ajoute cet auteur, le consentement du conjoint pourrait tout de même se trouver requis non pas pour l’acquisition mais pour le prêt hypothécaire s’il est nécessaire à l’acquisition (Y.-H. Leleu et L. Raucent, « Les régimes matrimoniaux : Le régime légal », De Boeck et Larcier, 2001, Bruxelles, p. 162).


[1] Selon M. Raucent, cette disposition ne concerne que tiers (L. Raucent, « Les régimes matrimoniaux », Larcier, Bruxelles, 1997, p.  142).

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La force exécutoire de l’acte authentique

Pour effectuer une saisie exécution, mobilière ou immobilière, il faut disposer d’un titre exécutoire et pour choses liquides et certaines (art. 1494, alinéa 1er, du Code judiciaire). C’est évidemment le cas d’un jugement. Cela peut aussi être le cas d’un acte authentique. En vertu de l’article 19 de la loi du 25 ventôse-5 germinal an […]

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Pour effectuer une saisie exécution, mobilière ou immobilière, il faut disposer d’un titre exécutoire et pour choses liquides et certaines (art. 1494, alinéa 1er, du Code judiciaire).

C’est évidemment le cas d’un jugement. Cela peut aussi être le cas d’un acte authentique.

En vertu de l’article 19 de la loi du 25 ventôse-5 germinal an XI contenant l’organisation du notariat, tous les actes notariés sont exécutoires dans toute l’étendue du royaume.

L’acte notarié constitue un titre exécutoire lorsqu’il consacre, en la forme authentique, les éléments nécessaires à la détermination de l’existence, de l’exigibilité et du montant de la créance.

Un arrêt du 1er juin 2017 (rôle n° C.16.0479.F, www.juridat.be) illustre ce principe.

  • L’acte authentique reproduisait en annexe l’offre de crédit avec les « conditions particulières » du crédit logement,
  • Ces condition mentionnaient le montant du crédit, le taux d’intérêt fixe par mois, soit le taux d’intérêt réel par an, y compris une remise de taux conditionnelle bien précisée,
  • Le plan d’amortissement était mentionné, en paiements mensuels égaux,
  • Le mode de remboursement également, par des paiements mensuels égaux comprenant capital et intérêts, avec les montants, dus chaque 10ème du mois,
  • Les « conditions générales de l’ouverture de crédit et des crédits logements », étaient reproduites également en annexe à l’acte,
  • Les conditions générales prévoyaient une majoration du taux d’intérêt d’un demi pour cent en cas de défaut de paiement des intérêts à leur échéance,
  • Ainsi qu’en cas de défaut de paiement de l’amortissement en capital, la production d’intérêts calculés au même taux sur ce montant.

Un tel acte est exécutoire reconnait la Cour de cassation, et peut servir de titre à la saisie exécution.

Plus complexe est la situation de l’acte contenant une obligation non pécuniaire, par exemple l’obligation de restituer la jouissance d’un bien dans tel délai.

Peut-on exécuter un tel acte par expulsion sans passer par le juge de paix ?  Oui, si un tel titre est exécutable comme tel, sans qu’il faille l’intervention du juge pour régler les modalités ou vérifier si les conditions de l’expulsion sont remplies.

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