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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

La vente en réméré

La vente en réméré est une vente avec option de rachat (article 1659 du Code civil).

Le propriétaire vend son bien et peut, sans y être obligé, le racheter au même prix, majoré des frais, espérant être alors revenu à meilleure fortune.

Le vendeur reprend la chose vendue, moyennant la restitution du prix principal, les frais et loyaux coûts de la vente, les réparations nécessaires, et celles qui ont augmenté la valeur du bien.

La faculté de rachat ne peut être stipulée pour un terme excédant cinq années.

L’article 1673, al. 2, du Code civil précise encore que lorsque le vendeur reprend le bien par l’effet du pacte de rachat, il le reprend exempt de toutes les charges et hypothèques dont l’acquéreur l’aurait grevé mais il est tenu d’exécuter les baux faits sans fraude par l’acquéreur.

L’article 74 de la loi hypothécaire dispose donc logiquement que l’hypothèque consentie sur un immeuble acquis sous condition de réméré est soumise à la même condition résolutoire.

La vente en réméré pourrait même intervenir après saisie exécution immobilière. En effet, l’article 1580bis du Code judiciaire dispose que lorsque l’intérêt des parties le requiert, le juge peut ordonner la vente de gré à gré (art. 10 de la loi du 5 juillet 1998).

Lorsqu’un bien soumis à réméré entre dans l’actif d’une succession, il ne sera pas tenu compte « de la dépréciation de valeur qui pourrait résulter de la précarité du titre d’acquisition du défunt », selon l’article 19 du Code des droits de succession.

Sur le plan fiscal, le rachat est intéressant. Il n’est pas considéré comme une seconde mutation de sorte qu’en cas de rachat, les droits proportionnels ne sont jamais dus qu’une fois.

Seul le droit fixe de 50 euros sera dû. Mais encore faut-il qu’il s’agisse de la même vente. Si des travaux au bien sont prévus et que la revente sur réméré intervient pour un  prix qui comprend une valeur de travaux, il ne s’agit plus d’un réméré et les droits d’enregistrement frappent la revente[1].

Fiscalement, il n’y a qu’une vente pour l’application des droits d’enregistrement.

Le Ministre des finances a été interrogé sur certains autres aspects fiscaux de la vente en réméré[2].

Il a précisé qu’aucune restitution des droits d’enregistrement perçus n’est possible en cas d’exercice de la clause de réméré. Après la reprise, le vendeur ne pourra prétendre, sur revente, au régime de restitution prévu à l’article 212 du Code des droits d’enregistrement[3]. C’est logique puisqu’il n’y a eu qu’une vente pour l’application des droits d’enregistrement.

Concernant l’impôt des personnes physiques, la réponse du Ministre est évasive : « l’administration examinera si l’un des acquéreurs ou les deux peuvent bénéficier des réductions d’impôt afférentes aux amortissements de capital et aux intérêts. C’est la première fois que l’administration est confrontée au problème, il faut lui laisser le temps de réagir. »

Et pourtant la question n’est nullement théorique car le délai d’exercice peut atteindre cinq ans et il est évident qu’entre-temps, l’acquéreur aura fiscalement traité son acquisition.

La vente en réméré pourrait constituer une forme de crédit. Le débiteur réalise son immeuble pour se rendre liquide et faire face à des dettes immédiate, espérant le reprendre après retour à meilleure fortune.

Il faudrait alors que l’opération intervienne pour un prix majoré, afin de rémunérer l’acheteur considéré comme financeur. S’agit-il toujours d’une vente en réméré ? Le réméré est en règle une révocation conventionnelle de la vente.

Il doit donc s’agir de la même vente, donc aux mêmes conditions, sinon il n’est plus question d’une révocation d’une vente mais d’une revente sur option d’achat, qui sera considérée comme une mutation soumise aux droit proportionnel.

La rémunération de l’acheteur en réméré est donc dans l’obtention d’un bon prix et dans la spéculation que le vendeur ne sera toujours pas en mesure financièrement de racheter dans les cinq ans.

M. De Page admet cependant que le réméré soit rémunéré, par exemple si le bien accuse une plus-value, ou tout simplement pour rétribuer le risque pris par l’acquéreur en réméré. Il insiste sur le fait que le surprix doit alors être objectif et proportionnel au risque[4].

Sur le plan fiscal, insistons cependant sur le fait qu’il n’y a pas seconde mutation car on considère que le réméré est une condition résolutoire conventionnelle qui annule la vente. Il est donc important de ne pas dénaturer cette vente, par un autre prix par exemple, à peine de subir les droits à la revente.

En revanche, acheter la faculté de réméré par une clause distincte devrait être possible.

Enfin, concernant le bon prix poursuivi par l’acheteur, rappelons que la lésion des 7/12ièmes s’applique aussi à la vente en réméré[5].

Le pacte de réméré est interdit dans la vente d’habitation à construire régie par la loi Breyne (art. 11).

Cette prohibition protège l’acheteur. Elle vise à prévenir la manœuvre du promoteur qui pouvait, par le pacte de réméré, se débarrasser d’un acheteur trop exigeant ou risquant de devenir défaillant.

Le droit de rachat peut être cédé par le vendeur.

Lorsque le tiers cessionnaire du droit de rachat exerce ce droit envers l’acheteur, il deviendra propriétaire mais cette mutation sera soumise au droit proportionnel calculé sur le prix de la cession du droit et sur la restitution du prix principal, des frais et loyaux coûts de la vente, et des réparations nécessaires, si ces montants ne sont pas inférieurs à la valeur vénale du bien.


[1] Anvers, 22 novembre 1978, Rec. Gén. Enreg. 1978, n° 22.240.

[2] Question parlementaire n° 5717 de M. Chabot du 2 mars 2005.

[3] Rép. Not., Livre 7, Droits d’enregistrement et T.V.A. – Ventes d’immeubles I, in La vente, André Cuvelier, Tome VII, éd. 1994, p. 214, n° 282.

[4] H. De Page, Traité élémentaire de droit civil belge, T IV, n° 312.

[5] H. De Page, Traité élémentaire de droit civil belge, T IV, n° 343.

Commentaires

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Un commentaire Poster un commentaire
  1. hattais Joëlle #

    Puis je avoir des renseignements du remere

    février 19, 2018

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Le sort des travaux après séparation

Une question lancinante en jurisprudence est celle du sort des travaux faits dans la maison après la séparation du couple. Celui qui a réalisé ou fait réaliser les travaux à ses frais, et qui quitte la maison, a-t-il droit à une compensation ? Souvent c’est la théorie de l’enrichissement sa cause qui est appelée pour soutenir […]

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Une question lancinante en jurisprudence est celle du sort des travaux faits dans la maison après la séparation du couple.

Celui qui a réalisé ou fait réaliser les travaux à ses frais, et qui quitte la maison, a-t-il droit à une compensation ?

Souvent c’est la théorie de l’enrichissement sa cause qui est appelée pour soutenir une telle demande.

L’enrichissement sans cause est un principe général de droit.

Il suppose que l’appauvrissement ne trouve pas sa cause dans la prise en compte par l’appauvri de ses intérêts propres.

Dans une espèce jugée par la Cour de cassation (12 octobre 2018, rôle n° C.18.0084.N, www.juridat.be), Monsieur avait rénové la maison pour donner au couple un nouvel départ (« een nieuwe start te geven »).

Cette motivation ne constitue pas une cause qui justifie le risque pris d’appauvrissement, estime la Cour d’appel de Gand.

La Cour de cassation casse l’arrêt gantois :

“ De appelrechter die aldus oordeelt dat de verweerder de vermogensverschuiving ten voordele van de eiseres realiseerde met de bedoeling om hun relatie een nieuwe start te geven, verantwoordt zijn beslissing dat een juridische oorzaak ontbreekt niet naar recht.”

Ma traduction : le juge d’appel qui décide ainsi que le défendeur réalisa un déplacement de patrimoine en faveur de la demanderesse avec l’intention de donner à leur relation un nouveau départ, ne justifie pas légalement sa décision qu’une cause juridique fait défaut.

La situation est fréquente : dans l’enthousiasme d’une nouvelle relation, Monsieur s’empresse d’améliorer le nid qui appartient à Madame.

Après la séparation, Madame profite seule des travaux et Monsieur se trouve bien marri.

Cette jurisprudence ne va pas faciliter les choses pour Monsieur.

Il faut prévenir ce problème par la conclusion d’un contrat de vie commune, même (surtout) si on est en pleine lune de miel…

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