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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Pour la banque, l’année dure 360 jours

Il est plus avantageux de calculer l’intérêt journalier en 360ième qu’en 365ième. C’est ce que font les banques.

Pourquoi procéder ainsi puisqu’il existe bien 365 jours dans une année, même pour les banques ?

En raison d’un usage constant au sein des banques dit ING.

Cet usage se justifiait par la facilité de calcul, la base 360 étant aisément divisible au contraire de 365.

Mais on conviendra de ce qu’aujourd’hui les ordinateurs n’ont plus besoin de cet artifice.

Mais la pratique est restée.

La Cour d’appel de Bruxelles, saisie par un crédité sourcilleux, imposa à ING de procéder à de nouveau décompte, en 365ièmes.

La banque s’est pourvue en cassation.

Elle admettait que cette méthode de calcul n’avait pas été convenue mais, opposait-elle, il s’agit d’un usage bancaire constant.

Et l’article 1160 du Code civil dispose que l’ « on doit suppléer dans le contrat les clauses qui y sont d’usage, quoiqu’elles n’y soient pas exprimées. »

Le juge devait donc appliquer cet usage sans qu’il fût besoin d’une convention.

La Cour de cassation confirme ce raisonnement (Cass., 11 septembre 2008, rôle n° C.06.0684.F, www.juridat.be) :

« En vertu des articles 1135 et 1160 du Code civil, la convention oblige non seulement à ce qui y est exprimé, mais encore à toutes les suites que l’usage donne à l’obligation d’après sa nature, et on doit suppléer dans le contrat les clauses qui y sont d’usage, quoiqu’elles n’y soient pas exprimées.

Lorsqu’une clause est usuelle, c’est-à-dire lorsqu’elle est généralement reconnue applicable dans une région déterminée ou dans un milieu professionnel déterminé, la loi présume que les parties ont connaissance de cet usage et qu’en ne l’excluant pas de leur contrat, elles manifestent leur volonté de l’incorporer dans celui-ci. »

Ne nous méprenons pas sur la portée de cet arrêt.

La Cour de cassation n’a pas dit de manière générale que l’usage de calculer en 360ième existe bien et doit s’appliquer.

Elle a dit que l’usage invoqué ne pouvait pas être rejeté au motif qu’il n’a pas été convenu entre partie, l’usage étant, justement, ce qui complète ce que les parties n’ont pas convenu.

Elle dit aussi que la circonstance que l’usage soit inutile à l’heure de l’informatique ne fait pas qu’il ait disparu.

C’est parfaitement exact.

Rapprochons cet arrêt belge d’un arrêt de la Cour de cassation française (1ière chambre, 19 juin 2013, www.legifrance.com).

En France, les dispositions du Code de la consommation prévoient que le taux de l’intérêt conventionnel doit être écrit et calculé sur la base de l’année civile.

Les conditions générales du prêt relais de 24 mois précisaient que « le calcul des intérêts dus est effectué sur la base d’une année de trois cent soixante jours (soit douze mois de trente jours). »

La Cour d’appel d’Aix-en-Provence avait cependant décidé que rien n’interdit aux parties de convenir d’un taux d’intérêt sur une autre base.

En statuant ainsi, dit la Cour de cassation, les juges d’appel ont violé le Code de la consommation.

En Belgique, ne perdons pas de vue que :

  • L’article 1er, l8°, de la loi du 12 juin 1991 relative au crédit à la consommation définit le taux débiteur comme : « le taux d’intérêt exprimé en pourcentage fixe ou variable, appliqué sur une base annuelle sur la partie du capital prélevé et qui est calculé sur base des éléments indiqués par le Roi et selon le mode qu’Il détermine, le cas échéant y compris la méthode de calcul des intérêts de retard y liés ; »
  • On ne retrouve pas cette précision dans la loi du 4 août 1992 relative au crédit hypothécaire.
  • L’article 1907 du Code civil prévoit qu’à défaut de « détermination du taux de l’intérêt par une clause spéciale », le taux est celui de l’intérêt légal. La base 360/365 a une influence indirecte sur le taux…
  • L’article 7, alinéa 2, de la loi du 30 octobre 1998 relative à l’euro dispose que : « les références aux taux BIBOR (Belgian Interbank Offered Rate) figurant dans les dispositions réglementaires ou contractuelles sont remplacées par des références aux taux EURIBOR multipliées par 365 et divisées par 360. Le Roi peut fixer des précisions supplémentaires. »

Commentaires

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Un commentaire Poster un commentaire
  1. Avatar
    Zabata #

    Bonjour
    Je contacte que ma banque prend des intérêts sur 360 jours et non 365! Est ce légal? Si oui, que faire ?
    Merci

    septembre 30, 2015

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Urbanisme et bail commercial

Le bailleur peut refuser au preneur le renouvellement de son bail, pour quatre motifs énoncés à l’article 16, I, 1° à 4°, de la loi sur les baux commerciaux. Notons que l’acquéreur peut expulser le preneur, si le bail réserve la faculté d’expulsion, en invoquant l’un de ces motifs. Parmi les motifs en question, figure […]

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Le bailleur peut refuser au preneur le renouvellement de son bail, pour quatre motifs énoncés à l’article 16, I, 1° à 4°, de la loi sur les baux commerciaux.

Notons que l’acquéreur peut expulser le preneur, si le bail réserve la faculté d’expulsion, en invoquant l’un de ces motifs.

Parmi les motifs en question, figure la volonté de démolir et reconstruire l’immeuble loué.

Le bailleur peut aussi refuser le renouvellement sans motif mais il doit alors payer une indemnité de trois ans de loyer, voire davantage si le préjudice du preneur est supérieur.

Le bailleur doit réaliser dans les six mois l’intention pour laquelle il a refusé le renouvellement et doit maintenir cette intention durant au moins deux ans.

Sinon, sauf s’il justifie d’un motif grave, il doit payer une indemnité de minimum trois ans de loyer (art. 25, alinéa 1er, 3°).

Une démolition suivie d’une reconstruction est une opération qui constitue en règle des travaux soumis à permis d’urbanisme selon l’article 98, § 1, 3° et 4°, CoBAT.

Le bailleur doit donc réaliser dans les six mois du départ du preneur l’intention qu’il a manifestée, à savoir démolir et reconstruire l’immeuble loué.

Or il est impossible d’obtenir un permis d’urbanisme pour ces travaux dans le délai de six mois.

La Cour de cassation a réglé le problème :

« Que, pour l’application de l’article 25, alinéa 1er, 3° précité, il suffit que le bailleur réalise son intention de reconstruction dans le délai déterminé ; que l’introduction d’une demande d’obtention de l’autorisation légalement requise pour les travaux peut, selon les circonstances, faire partie de la réalisation de cette intention ;

Attendu que le moyen, en cette branche, allègue que la délivrance d’un permis de bâtir n’est qu’une exigence pour la réalisation de certains travaux mais qu’elle doit être distinguée de la réalisation même des travaux pour lesquels le permis a été demandé, que pour l’application de l’article 25, alinéa 1er, 3°, précité, les travaux mêmes doivent avoir commencé dans le délai de six mois qui suivent l’abandon du bien loué et qu’un tel permis n’est pas assimilé à une exécution ou même un commencement d’exécution des travaux pour lesquels le permis est demandé ;

Que le moyen, en cette branche, manque en droit ; »

(Cass., 5 février 2005, rôle n° C.02.0404.N, www.juridat.be).

Cela signifie que le délai de deux ans démarre lorsque la demande de permis d’urbanisme couvrant les travaux nécessaires est introduite de manière sérieuse.

Cela veut dire que la demande doit être formée dans les six mois et , dans la mesure du possible, contenir les annexes permettant d’obtenir un accusé de réception de dossier complet.

Si le permis d’urbanisme est délivré après le délai de six est indifférent.

Comme le dit D. Janssens  « à noter que la Cour de cassation est restée prudente puisqu’elle précise que le dépôt d’une demande de permis peut, suivant les circonstances, constituer la réalisation du motif du congé. La doctrine est nuancée, et rappelle que le bailleur ne peut attendre la dernière minute et doit faire diligence dès avant le départ du locataire, de manière à obtenir son autorisation dans le délai de six mois. »

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