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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

L’indemnisation de la perte d’une chance (II)

L’arrêt de la Cour de cassation du 1er avril 2004 dont question hier, a agité toute la doctrine. Il faut dire qu’à la suite d’une longue évolution, il était alors reconnu que la victime qui ne parvient pas à démontrer une causalité certaine entre une faute et le dommage réellement subi, conservait la possibilité de démontrer que la faute avait entraîné de façon certaine au moins la perte d’une chance d’obtenir un avantage espéré ou d’éviter un dommage définitivement réalisé (B. Dubuisson, « Jurisprudence récente de la Cour de cassation sur la relation causale », 18 décembre 2010, J.T., 2010, p. 746).

Cette position a donc été mise en doute par une partie de la doctrine à la suite de l’arrêt du 1er avril 2004 (N. Estienne, « L’arrêt de la Cour de cassation du 1er avril 2004 : une chance perdue pour les victimes de fautes médicales? », note sous Cass., 1er avril 2004, J.T., 2005, p. 359 ; I. Boone, « Het verlies van een kans bij onzeker causaal verband », R.W., 2004-2005, p. 92 ; F. Delobbe et C. Delvaux, « La perte d’une chance de guérison ou de survie, un préjudice imaginaire? », in Droit médical, formation permanente C.U.P., vol. 79, Bruxelles, Larcier, 2005, pp. 267-289 ; E. Montero et A. Pütz, note sous Cass., 1er avril 2004, J.L.M.B., 2006, p. 1087 ; J.-L. Fagnart, « Petite navigation dans les méandres de la causalité », R.G.A.R., 2006, no 14.080 ; J.-L. Fagnart, « La perte d’une chance ou la valeur de l’incertain », in La réparation du dommage – Questions particulières, Louvain-la-Neuve, Anthemis, 2006, pp. 88-90 ; P. Van Ommeslaghe, « Droit des obligations », T. II, Les sources des obligations, Bruxelles, Bruylant, 2010, p. 1513, no 1070 ; C. Eyben, « La théorie de la perte de chance défigurée ou revisitée ? », R.G.D.C., 2005, p. 317 ; H. Bocken, « Geen kans verloren – Causale onzekerheid en de rechtspraak van het Hof van cassatie over het verlies van een kans », in Aanspraakelijkheid, aanspraakelijkheidsverzekering en andere schadevergoeding-systemen, Malines, Kluwer, 2007, p. 31).

Mais la Cour de cassation ne va pas confirmer sa jurisprudence. La chambre néerlandophone de la Cour de cassation a réhabilité la théorie de la perte d’une chance dans un arrêt du 5 juin 2008 (Cass., 5 juin 2008, Bull. Ass., 2008, p. 418, note H. Bocken, « Het verlies van een kans : vergoedbare schade ? – Het arrest van 5 juni 2008 », T.B.H., 2008, p. 936, note I. Boone, « Zekerheid over het verlies van een overlevings- of genezingskans », R.W., 2008-2009, p. 795, note S. Lierman, « Het Hof van cassatie, het paard “Prizrak” en het verlies van genezings- en overlevingskansen : een duurzame liaison à trois », N.j.W., 2009, p. 31, note H. Bocken, « Verlies van een kans – Het cassatiearrest van 5 juni 2008 – Vervolg en (voorlopig?) slot », Rev. dr. Santé, 2008/09, p. 210, note S. Lierman, « Het verlies van genezings- en overlevingskansen blijft vergoedbaar », J.T., 2009, p. 28, note A. Pütz, « La perte d’une chance d’éviter la réalisation d’un risque : un préjudice indemnisable? »).

La Cour de cassation a confirmé cette réhabilitation dans deux arrêts ultérieurs rendus le 17 décembre 2009 (Cass., 17 décembre 2009, R.G. n° C.08.0145.N et C.09.0190.N, R.G.A.R., 2010, n° 14.633) et dans l’arrêt du 15 mars 2010 (Cass., 15 mars 2010, R.G.A.R., 2010, no 14.676). Aujourd’hui, la jurisprudence est fixée en ce que la perte de la chance peut être prise en considération si le juge constate que la chance en tant que telle était certaine ou effective. Le juge doit ensuite mesurer l’importance de cette chance et évaluer l’étendue du dommage (C. T., Mons, 10 janvier 2011, J.T.T., 2012, p. 10 ; Civ., Bruxelles, 12 novembre 2010, M.C.P., 2011, p. 497 ; Anvers, 21 septembre 2011, N.j.W., 2012, p. 218, note I. Boone).

La Cour de cassation française, dans un arrêt du 22 mars 2012 (n° 11-10935 11-11237, www.legifrance.fgouv.fr ), exprime en terme particulièrement judicieux le caractère indemnisable de la perte d’une chance. L’arrêt est rendu sur le visa de l’article 1147 du Code civil (conforme à son homologue belge), en matière de responsabilité contractuelle, laquelle met pareillement en œuvre la condition du lien de causalité nécessaire.

Il s’agissait d’un patient qui, après un traitement d’orthodontie, imputait à son dentiste la récidive de ses troubles de l’occlusion (contact entre les dents supérieures et inférieures lorsque les deux mâchoires sont rapprochées). Selon le rapport de l’expert judiciaire, l’absence de contention après le retrait des bagues constituait un manque de précaution fautif. Mais l’expert ajoutait que cette faute n’était pas en lien direct avec la récidive de la pathologie, dès lors que la récidive aurait pu se produire, avec une probabilité non négligeable, même s’il y avait eu contention. La Cour d’appel avait alors rejeté la demande d’indemnisation. Notons que la contention est l’ensemble des mesures prises pour assurer la permanence des résultats d’un traitement d’orthopédie dento-faciale.

La Cour de cassation française va poser que « la perte de chance présente un caractère direct et certain chaque fois qu’est constatée la disparition d’une éventualité favorable. Qu’en statuant (comme elle l’a fait), quand le caractère fautif de l’absence de contention après traitement impliquait nécessairement que la contention aurait pu, si elle avait été mise en place, avoir une influence favorable sur l’évolution de la pathologie, la Cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations au regard du texte susvisé. »

La formulation est heureuse. On peut la retenir puisqu’après une évolution un peu tourmentée, l’indemnisation de la perte d’une chance a retrouvé, en Belgique, ses lettres de noblesse.

Commentaires

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  1. Très bonne article,ça va me servir pour mon mémoire,merci beaucoup.Omar M
    erini

    juillet 7, 2018

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La réforme du droit de la copropriété en 21 points

1. Extension du champ d’application de la loi aux biens non (encore) bâtis comme les projets en devenir, parcs résidentiels, … 2.  S’agissant du PV de non application, nécessité d’un acte de base et donc, d’un rapport de quotités dans la détermination des lots. 3.  Quant à la structure des plus grands ensembles, a. S’agissant […]

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1. Extension du champ d’application de la loi aux biens non (encore) bâtis comme les projets en devenir, parcs résidentiels, …

2.  S’agissant du PV de non application, nécessité d’un acte de base et donc, d’un rapport de quotités dans la détermination des lots.

3.  Quant à la structure des plus grands ensembles,

a. S’agissant des associations partielles avec personnalité, faculté de proposer des structurations asymétriques, c’est-à-dire dans les groupes d’immeubles ou les éléments comportant différents éléments physiquement distincts, de limiter la création d’une association partielle à un immeuble ou à une fraction d’immeuble ;

b. Suppression des associations partielles sans personnalité juridique mais consécration de l’idée suivant laquelle en présence de charges communes particulières, seuls les copropriétaires concernés votent, ce qui revient à donner une réelle autonomie aux copropriétaires concernés mais au départ de la notion de « charge commune particulière » ;

c. Chronologie logique dans l’acquisition de la personnalité juridique dans les copropriétés pyramidales (d’abord l’association principale, puis ensuite les associations partielles).

4.  Consécration de l’idée suivant laquelle un usage exclusif est présumé constitutif d’une servitude, ce qui implique qu’il doit être l’accessoire d’un fonds dominant.

5.  Rétrécissement du contenu du Règlement de copropriété au bénéfice du règlement d’ordre intérieur, au bénéfice d’un assouplissement du formalisme en cas de modification et ce, sans perte d’efficacité puisque les clauses de recouvrement doivent continuer à figurer dans le Règlement de copropriété.

6.  Dans les nouvelles promotions, définition d’un cadre (conditions de fond et de forme) permettant enfin de modifier valablement les statuts avant la réception provisoire des parties communes concernées (en cas d’association partielle).

7.  Coup d’arrêt aux services de gestion imposés via les statuts de copropriété (ex. résidences avec services hôteliers, résidences pour personnes âgées, …) aussi, cela devrait se faire sur une base volontaire et en dehors des statuts de copropriété (cela rejoint la jurisprudence connue).

8.  Validation des clauses de médiation par opposition aux clauses d’arbitrage.

9.  Meilleure définition des fonds de roulement et de réserve – création obligatoire, obligation de dissociation, solidarité en cas de démembrement sur un lot, ventilation claire des appels de fonds entre roulement et réserve – en principe, mise en place dans les cinq ans de la réception provisoire d’un fonds de réserve.

10. Précision quant à la prise en charge du passif de l’association des copropriétaires (proportionnalité liée aux quotes-parts, donc nouvelle importance du rapport de quotité ou de la mise à jour des quotités dans les anciennes copropriétés).

11. Petites améliorations techniques dans l’organisation des AG.

12. Modification de certains quorums à la faveur d’un assouplissement ou d’une clarification :

a. Majorité de 2/3 pour travaux dans les communs, la modification des statuts ou la conclusion des contrats ;

b. Majorité absolue pour travaux imposés par la loi et des travaux conservatoires et d’administration provisoire ;

c. Expropriation privée : faculté de suppression de droits réels privatifs sur les parties communes, contre indemnisation ;

d. Division soumise à la majorité des 4/5 ;

e. Majorité de 4/5 également pour la démolition dictée par la salubrité, la sécurité ou un coût excessif ;

f.  Assouplissement de la règle d’unanimité, à la seconde ag (plus de quorum de présence).

14.  Améliorations techniques visant à prévenir les abus chez les syndics :

a.  Rémunération de la mission de syndic – distinction entre celles au forfait et les complémentaires qui doivent faire l’objet d’une décision distincte ;

b.  Clarification du régime d’incompatibilité par rapport au Conseil de copropriété et à la fonction de commissaire ;

c.   Incitation au prévisionnel dans les travaux importants.

15.  Traduction pratique de l’importance de l’organe qu’est le Conseil de copropriété :

a.  Obligatoire, si plus de 20 lots et facultatif, dans les autres cas ;

b.  Précision quant à son organisation.

16.  Commissaire aux comptes, consécration de la notion de collège et précision quant à sa mission.

17.  Précisions nombreuses à propos du contentieux de la copropriété.

18.  Création de l’institution de l’administrateur provisoire comme substitut aux organes de la copropriété, si l’équilibre financier de la copropriété est gravement compromis ou si l’association des copropriétaires est dans l’impossibilité d’assurer la conservation de l’immeuble ou sa conformité aux obligations légales.

19.  Précisions nombreuses quant à l’information en cas de mutation immobilière.

20.  Création d’un privilège immobilier « occulte » valable pour les charges de l’exercice en cours et l’exercice précédent. C’est une incitation puissante à l’action des syndics sur le plan du recouvrement.

21.  Entrée en vigueur au 1er janvier 2019 et régime transitoire détaillé.

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