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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Actualité sur l’abattement

On peut bénéficier à Bruxelles, à l’achat d’un immeuble d’habitation, d’un abattement, c’est-à-dire d’une réduction de la base imposable au droit d’enregistrement au taux proportionnel de 12,5 % (article 46bis C. Enr./B.).

Cela n’existe pas en Wallonie mais cette Région a gardé le taux réduit de 6 % pour les habitations modestes à de fort complexes conditions, contrairement à Bruxelles.

L’abattement bruxellois s’élève à 60.000 €, ou 75.000 € si le bien est situé en E.D.R.L.R. (espace de développement renforcé du logement et de la rénovation).

L’économie est donc de 7.500 € ou de 9.375 € ; c’est important.

En Flandre, un abattement existe aussi, mais pour un montant plus important (25.000 € si on acquiert au moyen d’un prêt hypothécaire), mais cela exclut le régime de la portabilité.

L’économie en Flandre peut atteindre 2.500 €.

Les conditions pour bénéficier de l’abattement à Bruxelles sont connues. Rappelons-les.

L’acquéreur doit être une personne physique qui, au moment de la convention d’achat, n’est pas déjà plein propriétaire de la totalité d’un immeuble affecté ou destiné totalement ou partiellement à l’habitation.

L’acquisition porte sur la totalité en pleine propriété d’un immeuble d’habitation situé en Région de Bruxelles-Capitale.

L’acquéreur doit y établir sa résidence dans les deux ans de l’enregistrement de l’acquisition et il doit maintenir sa résidence principale dans la Région de Bruxelles-Capitale pendant une durée ininterrompue d’au moins cinq ans.

Il ne doit donc pas rester dans l’immeuble acquis mais il doit rester à Bruxelles.

Cette condition de résidence dans la Région a été critiquée par la Commission européenne qui y voit un avantage fiscal lié à une condition de résidence, ce qui heurte le principe de liberté de circulation.

Le 27 février 2012, la Commission européenne a demandé à la Belgique de revoir cette réglementation.

La Commission européenne considère que la condition de maintien de la résidence à Bruxelles décourage la libre circulation des personnes garantie par les traités (articles 21, 45, 49 du TFUE et articles 28 et 31 de l’accord EEE).

Selon la Commission, les personnes sont dissuadées de quitter la Région pendant cinq années puisqu’elles perdraient le bénéfice de l’abattement.

La Commission a émis un avis motivé, deuxième étape de la procédure en infraction.

La Belgique disposait d’un délai de deux mois pour se mettre en conformité avec les règles européennes.

La troisième étape est la saisie par la Commission de la Cour de justice de l’Union européenne.

Bref, la Région de Bruxelles-Capitale devait réagir.

Soit elle intégrait un système de remplacement comme la meeneembaarheid flamande, soit elle adaptait l’abattement.

C’est la deuxième solution qui a été choisie.

Un texte est actuellement soumis au Conseil d’État qui prévoit de remplacer la condition de résidence pendant cinq ans dans la Région, par une condition de résidence dans … l’immeuble concerné.

C’est pareil, me direz-vous. Oui mais cela la Commission l’accepte.

La condition nouvelle est plus contraignante. Elle est surtout problématique sur le plan familial.

Supposons que les acquéreurs en couple se séparent dans les cinq ans comme cela arrive dans deux couples sur trois (les autres continuent à se disputer) ?

Si les époux / cohabitants veulent trouver l’apaisement dans une séparation, ils perdront le bénéfice de l’abattement, soit 9.375 € si le bien est en zone de rénovation urbaine.

Le but de l’abattement est de favoriser l’accès à la propriété en fixant les habitants à Bruxelles.

La nouvelle mesure va aussi les fixer dans leur couple …

Le Ministre Vanhengel, interpellé à ce propos, a introduit une nuance rassurante :

Selon le projet, en cas de déménagement dans les cinq ans, les intérêts sur le complément de droit ne seront pas dus et le paiement sera proportionnel à la durée de résidence dans le bien.

Il aurait été préférable de totalement s’inspirer du texte flamand et de prévoir simplement que l’acquéreur doit s’engager à établir sa résidence principale à l’endroit du bien acquis sans condition de durée.

En effet, on fait rarement une primo acquisition pour s’installer provisoirement.

Notons qu’en Flandre comme à Bruxelles, la condition de ne pas être déjà propriétaire consiste à ne pas posséder la totalité en pleine propriété d’un autre immeuble destiné en tout ou en partie à l’habitation.

On peut donc posséder un droit réel d’usufruit ou un immeuble professionnel.

Par contre, en Flandre la pratique administrative est de ne pas tenir compte des immeubles à l’étranger ; à Bruxelles, l’abattement est refusé si l’acquéreur est propriétaire d’un immeuble à l’étranger.

La position bruxelloise est plus conforme au texte de l’ordonnance.

À Bruxelles existe aussi l’abattement secondaire : celui qui n’a pu bénéficier de l’abattement car il était déjà propriétaire d’un bien d’habitation, se voit restituer la différence s’il revend dans les deux ans la propriété qui la privait de l’avantage (art. 212bis).

Ce droit n’existe pas en Flandre.

Revenons enfin à la condition de ne pas être déjà propriétaire.

Le texte dit que « l’acquéreur ne peut posséder, à la date de la convention d’acquisition, la totalité en pleine propriété d’un autre immeuble destiné en tout ou en partie à l’habitation. »

C’est pareil en Flandre.

C’est donc au moment de la convention d’acquisition qu’il faut apprécier la condition.

Donc, si, entre le compromis et l’acte, l’acquéreur achète une deuxième habitation, il a droit à l’abattement pour la première habitation même s’il passe l’acte de la deuxième avant celui de la première.

L’acheteur veillera à pouvoir opposer une date certaine à l’administration qui est un tiers (art. 18).

C’est pareil si je vends ma maison pour en acheter une autre.

Si le compromis de la nouvelle habitation est signé avant la passation de l’acte transférant la propriété de la première habitation, je ne bénéficierai pas de l’abattement.

On perd souvent de vue cette contrainte de timing.

Commentaires

facebook comments:

  1. J. Bouttiau #

    Bonjour M. Carnoy,
    j’ai bénéficié de l’abattement des droits d’enregistrements lors de mon achat il y a deux ans. Je me suis domicilié dans le bien à la même période. Qu’en est-il si je déménage l’année prochaine après l’amendement de la règle sur les abattements? Devrai-je me conformer à la nouvelle règle ou l’ancienne sera-t-elle toujours d’application?

    En vous remerciant d’avance.

    septembre 30, 2012
    • Attendons que le texte soit connu pour répondre à votre question.
      A première vue, s’agissant d’une ordonnance réparatoire (corriger une infraction aux règles du Traité sur le fonctionnement de l’UE), il serait logique que les ventes antérieures à l’ordonnance soit visées.

      septembre 30, 2012
  2. D.Nicolas #

    Bonjour Me Carnoy,
    J’ai bénéficié des ces droits aussi en avril 2009. L’immeuble en question n’est plus mon domicile suite à mon divorce mais je suis resté, comme la loi l’autorisait, à bruxelles, ou j’y suis installé depuis janvier 2011. J’ai signé un compris pour m’installer en fevrier 2013 en Brabant Wallon. Vous pensez qu’ils risqueraient de me réclamer la totalité, un pro ratant du temps passant dans l’immeuble qui a bénéficié du droit ou bien du temps que je suis resté domicilié à Bruxelles.

    En vous remerciant d’avance

    octobre 11, 2012
    • Voyez mon article de ce 13 octobre 2012.
      Merci de votre intérêt pour ma publication.
      Bien à vous.

      octobre 13, 2012
  3. BOLLENS #

    Bonjour Mr Carnoy ,
    j’ai achete un appartement en 2005 a bruxelles et j’ai beneficier de l’abbatement, j’ai quitté l’appartement pour une maison à Asse (region Flamande) en 2007, il y a quelques jour, j’ai reçu un demande de payer pres de 9000 euros de l’administration fiscale. Je voulais savoir si il y a un délai de prescription pour ce genre de cas (cela fait 5 ans) ?, merci de votre support

    novembre 22, 2012
    • Gilles Carnoy #

      Vous avez raison, la question de la prescription se pose, mais allez voir l’article 214, 7° du Code des droits d’enregistrement pour Bruxelles: à défait de précision, le délai est de … 15 ans à compter du jour où est née l’action de l’Etat. A examiner soigneusement.

      décembre 5, 2012
      • Bollens #

        Cher monsieur Carnoy, Je suis allé voir la responsable du dossier et ai défendu mon cas , Mme Marliére m’as demandé de lui envoyer ça par écrit… mail envoyé est reception confirmée, je n’ai plus eu de nouvelles depuis la semaine passée… je reçois un courrier datant du 6 janvier 2015 me réclamant à nouveau 9000 euros, alors que mme Marliére m’avais alors proposé d’annuler les intérêts.
        Outre ce fait, je vois l’article 215 du Code des droits d’enregistrement pour Bruxelles « Il y a prescription pour la demande en restitution des droits, intérêts et amendes, après deux ans à
        compter du jour où l’action est née. », … Leur première demande de restitution date du 14 novembre 2012, puis je considerer dès lors qu’il y a prescription … merci de votre réponse rapide

        janvier 12, 2015
  4. Nicole #

    Bonjour,
    Pouvez-vous ns renseigner. Un compromis croisé ? Nous habitons en Wallonie et nous aimerons acheter en Flandre. Ns comptons vendre la maison (Wallonie) pour l’achat. Doit-t-on payer le 10% et récupérer après la vente avant les deux ans ou payer les 5% et payer après si la vente n’a pas eue lieu dans le délai de l’achat dont 3 mois. Le rc est de 450€ Merci

    mai 4, 2013
    • Vous payez 10 % de droit en Flandre à l’achat de votre nouvelle maison, ou 5 % si l’art. 53 s’applique.

      Sur la revente dans les deux ans (acte à acte) de votre maison située en Wallonie, vous récupérez 3/5 des droits au moyen d’une demande de restitution faite en pied d’acte par votre notaire.

      mai 4, 2013
  5. lorette #

    Bonjour Mr Carnoy,
    Je vous remercie d’avance pour toute réponse même succinte que vous pourriez nous fournir.

    Scénario similaire à Mme ou Mr Bollens ci-dessus. Nous avons revendu après deux ans un appartement de Bruxelles pour lequel nous avions bénéficié d’un abattement des droits d’enregistrements. Nous sommes maintenant requis, 6 ans après, de nous acquitter d’une amende de 9000€ dans les deux mois !

    Hormis l’aspect douteux du point de vue éthique de réclamer 9000 € en deux mois après 6 ans sans courrier :

    Le détail de l’amende fait mention « d’interets », cela a-t-il un rapport avec les 6 ans de retard de l’administration ? Est-ce contestable ? Cela ressemble fortement à un placement financier d’un style douteux de la part de l’administration.

    Merci

    LORETTE L.

    juillet 8, 2013
  6. Jérémie R #

    Bonjour Mr Carnoy,
    Je suis propriétaire d’un appartement a Bruxelles pour lequel j’ai bénéficié de l’abattement fiscal. Je viens de me domicilier a ma nouvelle adresse en Wallonie. Il s’avère que je me suis domicilié 3 semaines trop trop. Est ce grave car a trois semaines prêt étais au 5 ans obligatoire. Je devrai payer un prorata ?

    Merci

    Jérémie R

    octobre 2, 2013
  7. marie #

    bonjour, je suis française et je voudrais acheter un appartement à Bruxelles. Le droit à l’abattement est-il possible pour un étranger? En vous remerciant.

    septembre 26, 2014
  8. Fige #

    J’ai acheté un bien en flandre en 2008 qui pour cause de divorce a été vendu en 2010. Cette anne en 2017 l’état flamand me réclame en partage avec mon ex femme la somme total de 8250€ qui correspond aux droits réduits de 5% plus une amande de +- 900€ . N’y a-t-il pas prescription?

    décembre 23, 2017

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Condition suspensive

Une condition suspensive est généralement stipulée en faveur d’une partie. Cette partie peut alors renoncer à se prévaloir de la condition pour tenir la convention pour définitive « Mais attendu qu’ayant, par motifs propres et adoptés, souverainement retenu que la condition de contrôle de la situation d’urbanisme n’intéressait que l’acquéreur qui pouvait seul renoncer à se […]

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Une condition suspensive est généralement stipulée en faveur d’une partie. Cette partie peut alors renoncer à se prévaloir de la condition pour tenir la convention pour définitive

« Mais attendu qu’ayant, par motifs propres et adoptés, souverainement retenu que la condition de contrôle de la situation d’urbanisme n’intéressait que l’acquéreur qui pouvait seul renoncer à se prévaloir de l’absence de réalisation de cette condition suspensive, que celle relative à la purge de tous droits de préemption ou de préférence intéressait les deux parties, que sa réalisation dépendait de la bonne volonté du vendeur qui, en présentant la déclaration d’intention d’aliéner postérieurement à la date fixée du 15 janvier 2009, avait manifesté expressément sa volonté de ne pas se prévaloir de la caducité du fait du dépassement du terme et que les conditions suspensives avaient été réalisées, la cour d’appel, qui n’était pas tenue de procéder à des recherches qui ne lui étaient pas demandées, en a déduit, à bon droit, que le « compromis » de vente n’était pas caduc lors de la demande en réitération de la vente par acte authentique ; » (Cass., fr., 3ième chambre, 12 novembre 215, www.legifrance.com).

Si une partie peut renoncer à la condition suspensive stipulée dans son intérêt, la renonciation doit cependant intervenir dans le délai fixé pour sa réalisation :

« Attendu que pour rejeter la demande de caducité et constater le transfert de propriété au profit de la société Factory l’arrêt retient que la clause suspensive relative à l’obtention des permis n’a été prévue que dans l’intérêt de l’acquéreur puisque lui seul pouvait y renoncer, qu’aucun formalisme n’était envisagé pour cette renonciation, et que si l’acte devait être réitéré au plus tard le 31 décembre 2004, cette date n’était pas extinctive mais avait pour effet d’ouvrir une période pendant laquelle chacune des parties pouvait sommer l’autre de s’exécuter ; qu’il incombait aux consorts X…, avant de prendre d’autres engagements, de mettre en demeure la société Factory de prendre position et de lui préciser si elle renonçait ou non au bénéfice de la condition suspensive relative à l’obtention des permis, ce qu’ils n’ont pas fait ;

Qu’en statuant ainsi, alors que dès lors que la date du 31 décembre 2004 constituait le point de départ de l’exécution forcée du contrat, la renonciation de l’acquéreur au bénéfice des conditions suspensives devait intervenir avant cette date, la cour d’appel a violé le texte susvisé ; » (Cass., fr., 3ième chambre, 17 décembre 2008).

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