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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Servitude (III)

Un arrêt de la Cour de cassation illustre la notion de servitude continue (Cass., 21 mars 2013, rôle n° C.12.0118.F, www.juridat.be).

Le litige concerne deux propriétés voisines, contiguës, dans la région de Charleroi.

À l’origine, les deux propriétés formaient un seul lot. En 1953, un des lots, l’immeuble n° 29, a été vendu aux demandeurs.

A cette occasion, l’acte précise : « le bien est vendu tel et ainsi que ce bien existe et se comporte à ce jour, avec toutes les servitudes actives et passives qui peuvent l’avantager ou le grever, mais sans garantie de la contenance énoncée ni de l’état des constructions. »

Le défendeur acquiert l’immeuble voisin, n° 27, en 1998.

Il existe une canalisation d’eaux usées qui traverse l’immeuble des demandeurs et qui sert à évacuer les eaux usées provenant du fonds du défendeur.

Ce dispositif existait depuis bien avant les mutations. D’ailleurs, la canalisation passe à travers les deux habitations parce qu’à l’origine les deux fonds n’en formaient qu’un.

En 2009, le défendeur poursuit devant le juge de paix la condamnation des demandeurs à autoriser l’accès à la canalisation qui apparaît obstruée.

Les demandeurs contestent l’existence d’une servitude d’eau ménagère à charge de leur immeuble et poursuivent la suppression de la canalisation.

Le juge de paix décide que l’immeuble appartenant au défendeur ne bénéficie d’aucune servitude d’égouttage à charge de l’immeuble voisin.

En appel, le défendeur demande qu’il soit constaté, au profit de son fonds, l’existence d’une servitude par destination du bon père de famille.

Et de fait, le tribunal de première instance de Charleroi constate l’existence d’une servitude d’égouttage par destination du père de famille.

Cette servitude grève le fonds des demandeurs et profite au fonds du défendeur.

Les demandeurs forment un pourvoi en cassation basé sur la violation de l’article 692 du Code civil.

Rappelons que cette disposition prévoit que la destination du père de famille vaut titre à l’égard des servitudes continues et apparentes.

La servitude est apparente au sens de l’article 689, alinéa 2, du Code civil.

En effet, elle « s’annonce par des ouvrages extérieurs », à savoir une canalisation visible.

La question est de savoir si elle est continue.

Selon les demandeurs, la servitude d’écoulement des eaux usées, n’est pas continue ; elle ne peut donc naître de la destination du père de famille.

En effet, d’après l’article 688 du Code civil, est continue la servitude dont l’usage est continuel sans avoir besoin du fait actuel de l’homme.

Cette disposition ajoute que sont considérés comme des servitudes continues les égouts et les canalisations d’eau.

Mais, selon le pourvoi, la servitude d’évier ou d’écoulement des eaux ménagères est discontinue car pour s’écouler, une telle eau a besoin du fait de l’homme.

Qu’en pense la Cour de cassation ?

La Cour relève qu’il n’est pas contesté que la canalisation sert à évacuer les eaux usées provenant du fonds du défendeur.

« Une telle servitude d’écoulement des eaux ménagères requiert l’intervention actuelle de l’homme pour être exercée et est discontinue. »

Elle ne pouvait donc pas être établie par destination du père de famille et la Cour casse le jugement du tribunal civil de Charleroi.

Qu’en penser ?

Il est vrai que pour que passe des eaux usées, il faut bien que l’homme se soit servi de cette eau et la rejette.

En ce sens une telle servitude requiert l’intervention actuelle de l’homme pour être exercée et est discontinue.

Mais l’article 688, alinéa 2, du Code civil donne des exemples de servitude continue : « les servitudes continues sont celles dont l’usage est ou peut être continu sans avoir besoin du fait actuel de l’homme; tels sont les conduites d’eau, les égouts, les vues et autres de cette espèce. »

Ainsi les égouts seraient des servitudes continues mais les servitudes d’écoulement des eaux ménagères ne le seraient pas ?

Oui, et la raison est simple : les égouts évacuent les eaux pluviales dont le passage ne requiert pas l’intervention de l’homme, au contraire des eaux de ménage (J. P. Visé, 23 janvier 2006, J.L.M.B., 2007, p.1483 et la note de M. P. P. Renson).

Commentaires

facebook comments:

  1. Sylvie #

    Maître,
    Une servitude de passage peut-elle être dans des conditions particulières établies par destination du père de famille alors même qu’elle est discontinue ?
    En vous remerciant,

    décembre 21, 2017

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La réforme du droit de la copropriété en 21 points

1. Extension du champ d’application de la loi aux biens non (encore) bâtis comme les projets en devenir, parcs résidentiels, … 2.  S’agissant du PV de non application, nécessité d’un acte de base et donc, d’un rapport de quotités dans la détermination des lots. 3.  Quant à la structure des plus grands ensembles, a. S’agissant […]

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1. Extension du champ d’application de la loi aux biens non (encore) bâtis comme les projets en devenir, parcs résidentiels, …

2.  S’agissant du PV de non application, nécessité d’un acte de base et donc, d’un rapport de quotités dans la détermination des lots.

3.  Quant à la structure des plus grands ensembles,

a. S’agissant des associations partielles avec personnalité, faculté de proposer des structurations asymétriques, c’est-à-dire dans les groupes d’immeubles ou les éléments comportant différents éléments physiquement distincts, de limiter la création d’une association partielle à un immeuble ou à une fraction d’immeuble ;

b. Suppression des associations partielles sans personnalité juridique mais consécration de l’idée suivant laquelle en présence de charges communes particulières, seuls les copropriétaires concernés votent, ce qui revient à donner une réelle autonomie aux copropriétaires concernés mais au départ de la notion de « charge commune particulière » ;

c. Chronologie logique dans l’acquisition de la personnalité juridique dans les copropriétés pyramidales (d’abord l’association principale, puis ensuite les associations partielles).

4.  Consécration de l’idée suivant laquelle un usage exclusif est présumé constitutif d’une servitude, ce qui implique qu’il doit être l’accessoire d’un fonds dominant.

5.  Rétrécissement du contenu du Règlement de copropriété au bénéfice du règlement d’ordre intérieur, au bénéfice d’un assouplissement du formalisme en cas de modification et ce, sans perte d’efficacité puisque les clauses de recouvrement doivent continuer à figurer dans le Règlement de copropriété.

6.  Dans les nouvelles promotions, définition d’un cadre (conditions de fond et de forme) permettant enfin de modifier valablement les statuts avant la réception provisoire des parties communes concernées (en cas d’association partielle).

7.  Coup d’arrêt aux services de gestion imposés via les statuts de copropriété (ex. résidences avec services hôteliers, résidences pour personnes âgées, …) aussi, cela devrait se faire sur une base volontaire et en dehors des statuts de copropriété (cela rejoint la jurisprudence connue).

8.  Validation des clauses de médiation par opposition aux clauses d’arbitrage.

9.  Meilleure définition des fonds de roulement et de réserve – création obligatoire, obligation de dissociation, solidarité en cas de démembrement sur un lot, ventilation claire des appels de fonds entre roulement et réserve – en principe, mise en place dans les cinq ans de la réception provisoire d’un fonds de réserve.

10. Précision quant à la prise en charge du passif de l’association des copropriétaires (proportionnalité liée aux quotes-parts, donc nouvelle importance du rapport de quotité ou de la mise à jour des quotités dans les anciennes copropriétés).

11. Petites améliorations techniques dans l’organisation des AG.

12. Modification de certains quorums à la faveur d’un assouplissement ou d’une clarification :

a. Majorité de 2/3 pour travaux dans les communs, la modification des statuts ou la conclusion des contrats ;

b. Majorité absolue pour travaux imposés par la loi et des travaux conservatoires et d’administration provisoire ;

c. Expropriation privée : faculté de suppression de droits réels privatifs sur les parties communes, contre indemnisation ;

d. Division soumise à la majorité des 4/5 ;

e. Majorité de 4/5 également pour la démolition dictée par la salubrité, la sécurité ou un coût excessif ;

f.  Assouplissement de la règle d’unanimité, à la seconde ag (plus de quorum de présence).

14.  Améliorations techniques visant à prévenir les abus chez les syndics :

a.  Rémunération de la mission de syndic – distinction entre celles au forfait et les complémentaires qui doivent faire l’objet d’une décision distincte ;

b.  Clarification du régime d’incompatibilité par rapport au Conseil de copropriété et à la fonction de commissaire ;

c.   Incitation au prévisionnel dans les travaux importants.

15.  Traduction pratique de l’importance de l’organe qu’est le Conseil de copropriété :

a.  Obligatoire, si plus de 20 lots et facultatif, dans les autres cas ;

b.  Précision quant à son organisation.

16.  Commissaire aux comptes, consécration de la notion de collège et précision quant à sa mission.

17.  Précisions nombreuses à propos du contentieux de la copropriété.

18.  Création de l’institution de l’administrateur provisoire comme substitut aux organes de la copropriété, si l’équilibre financier de la copropriété est gravement compromis ou si l’association des copropriétaires est dans l’impossibilité d’assurer la conservation de l’immeuble ou sa conformité aux obligations légales.

19.  Précisions nombreuses quant à l’information en cas de mutation immobilière.

20.  Création d’un privilège immobilier « occulte » valable pour les charges de l’exercice en cours et l’exercice précédent. C’est une incitation puissante à l’action des syndics sur le plan du recouvrement.

21.  Entrée en vigueur au 1er janvier 2019 et régime transitoire détaillé.

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