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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Un aléa est essentiel pour une vente viagère

Une personne en fin de vie n’avait plus de contact avec ses enfants. Elle décide de vendre en viager ses biens à une amie intime.

Quel est le sort de ce contrat ?

Ce contrat peut être annulé en l’absence d’aléa, objet essentiel du contrat aléatoire de vente dont le prix est une rente viagère.

La vieille dame, atteinte d’une maladie incurable n’a donc pas eu une bonne idée. Voici ce qu’en dit la Cour de cassation :

« Attendu qu’il résulte des articles 1104 et 1964 du Code civil qu’un contrat est aléatoire lorsque l’équivalence des prestations réciproques auxquelles les parties sont obligées est incertaine parce que l’existence ou la quotité de l’une d’elles dépend d’un événement incertain ;

Qu’il s’ensuit que l’existence d’une chance de gain ou d’un risque de perte est essentielle à la validité d’un contrat aléatoire tel le contrat de vente moyennant constitution d’une rente viagère ;

Qu’en l’absence de cet aléa, pareil contrat est nul faute d’objet, lors même que les conditions d’application des articles 1974 et 1975 du Code civil ne sont pas réunies ; »

« Attendu que l’arrêt considère que  » tout l’entourage (du père des défendeurs) savait qu’(il) était atteint d’une maladie incurable en phase terminale qu’il ne voulait pas soigner médicalement, que son moral était au plus bas, qu’il aurait voulu être l’objet d’une euthanasie mais savait que le corps médical n’y procéderait pas  » et que,  » juste avant la passation de l’acte, il avait déjà fait une tentative de suicide et avait été à l’entreprise de pompes funèbres L. pour régler ses funérailles  » ;

Que, par ces énonciations, l’arrêt, qui ne se fonde pas sur la seule circonstance que le père des défendeurs s’est suicidé le 23 mars 1999, justifie légalement sa décision que les défendeurs  » ont démontré l’absence (de l’) aléa  » essentiel à la validité du contrat conclu le 23 février 1999 entre leur père et la demanderesse ; »

Cass. 20 juin 2005, rôle : C040549F.www.juridat.be

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Catégorie: Vente

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Le mandataire achète lui-même l’immeuble

Une société exerce l’activité d’agent immobilier. Elle reçoit une mission immobilière pour un immeuble. Cette mission est couplée à un mandat de vente. La société agent immobilier signe un compromis avec une société. Les deux sociétés ont le même gérant. Le propriétaire veut échapper à cette vente ; il invoque l’article 1596 du Code civil qui […]

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Une société exerce l’activité d’agent immobilier. Elle reçoit une mission immobilière pour un immeuble. Cette mission est couplée à un mandat de vente.

La société agent immobilier signe un compromis avec une société. Les deux sociétés ont le même gérant.

Le propriétaire veut échapper à cette vente ; il invoque l’article 1596 du Code civil qui pose la nullité de la vente par la mandataire à lui-même.

La Cour d’appel  le déboute, retenant que « le mandataire n’est pas l’acquéreur du bien mais que cet acquéreur est la société A, personne morale différente de la première même si elles ont toutes les deux le même dirigeant ; »

La Cour de cassation française, sur le visa de l’article 1596 du Code civil (même principe en Belgique), casse l’arrêt :

« Qu’en statuant ainsi, sans rechercher si la société Immo D, mandataire, dont elle relevait qu’elle avait le même gérant et le même siège social que la société A, ne s’était pas portée acquéreur, par personne morale interposée, du bien qu’elle était chargée de vendre, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision ; »  (Cass., fr., 2 juillet 2008, www.legisfrance.fgouv.com).

L’article 1596 (belge) du Code civil dispose que « ne peuvent se rendre adjudicataires, sous peine de nullité, ni par eux-mêmes, ni par personnes interposées (…) les mandataires, des biens qu’ils sont chargés de vendre ; » 

Le juge ne peut se contenter de constater qu’il s’agit de personnes morales différentes, l’une pouvant agir pour l’autre lorsque les intérêts se confondent.

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