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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Faut-il encore demander le statut de marchand de biens ?

Le statut de marchand de biens est un régime purement fiscal.

Ce statut permet aux professionnels qui achètent et vendent habituellement des immeubles, d’effectuer leurs transactions directement au taux réduit sans devoir demander la restitution pour revente dans les deux ans.

Le taux réduit est de 4 % en Flandre, 5 % en Wallonie et 8 % à Bruxelles.

Le bien acquis au taux réduit doit être revendu au taux plein (10 % ou 12,5 %) dans les dix ans (huit ans en Région flamande) et le marchand doit justifier son statut par une succession de reventes dans les cinq ans.

Toutes le ventes ne sont pas visées.

  1. Les ventes publiques sont radicalement exclues du régime de faveur (Rép. R.J., E 62/05-01).
  2. Les ventes doivent être faites par actes authentique. La réduction n’est pas applicable en cas de vente par acte sous seing privé.
  3. Certains biens ruraux sont exclus du régime.

Ce statut a perdu son intérêt pour trois raisons :

  1. L’administration réclame un cautionnement pour garantir le solde des droits non perçus. Le niveau de ce cautionnement est trop élevé et la garantie est donc coûteuse.
  2. Vu les taux actuels des crédits, le marchand a plutôt intérêt à payer le taux plein et demander la restitution des droits puisqu’il revend souvent dans les deux ans.
  3. Les marchands travaillent actuellement avec des options cessibles et divisibles pour éviter les lourdeurs de l’achat – vente d’immeuble, et le paiement des droits non totalement restituables.

En Flandre, il y a un autre problème.

À la suite à la sixième réforme de l’Etat, la matière a été transférée à partir du 1er janvier 2015 à la Région flamande qui utilise à présent le terme « verkooprecht ».

Les marchands flamands doivent introduire une nouvelle déclaration auprès de l’administration fiscale flamande.

Or les cautionnements fédéraux sont maintenus jusqu’au reventes, soit possiblement pour plusieurs années encore.

Cela veut dire que le marchand flamand doit reconstituer un nouveau cautionnement pour le Vlabel. C’est une charge financière dont il se passerait volontiers.

Le marchand de biens étranger n’est pas mieux loti.

Il devait se faire agréer par un représentant responsable établi en Belgique, qui assumait, solidairement, le paiement des droits complémentaires éventuellement dus.

Autant dire que le marchand étranger peinait à exercer ses activités en Belgique.

Heureusement, depuis le 16 mai 2011, le professionnel étranger établi dans l’espace économique européen n’est plus tenu de faire agréer un représentant responsable établi en Belgique.

Mais le marchand non européen doit encore avoir un représentant solidaire en Belgique.

Tout cela explique qu’il n’est plus très intéressant de solliciter le statut de marchand de bien.

Les photos : logements sociaux rue Marconi à Forest (Léon Govaerts, 1901). Les frontons sont bardés de maximes hygiénistes destinées à élever la morale des habitants pauvres, typiques du paternalisme bourgeois de l’époque.

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Commentaires

facebook comments:

  1. Larissi #

    Encore une belgitude, merci la régionalisation!
    Cela dit, grâce à vos conseils, j’éviterai de demander ce statut là. Merci

    Samir Larissi

    octobre 13, 2016
  2. Vincent Navez #

    Bonjour,
    Un marchand de biens ayant son siège social en Wallonie et étant agréé depuis plus de 10 ans peut-il (depuis 01/2015) sur base de son cautionnement initial acheter en région flamande sous le statut marchand de biens alors qu’il n’a pas de caution en Flandre ?

    Merci pour votre site recelant d’énormément d’articles intéressants.

    septembre 28, 2017

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Le sort des travaux après séparation

Une question lancinante en jurisprudence est celle du sort des travaux faits dans la maison après la séparation du couple. Celui qui a réalisé ou fait réaliser les travaux à ses frais, et qui quitte la maison, a-t-il droit à une compensation ? Souvent c’est la théorie de l’enrichissement sa cause qui est appelée pour soutenir […]

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Une question lancinante en jurisprudence est celle du sort des travaux faits dans la maison après la séparation du couple.

Celui qui a réalisé ou fait réaliser les travaux à ses frais, et qui quitte la maison, a-t-il droit à une compensation ?

Souvent c’est la théorie de l’enrichissement sa cause qui est appelée pour soutenir une telle demande.

L’enrichissement sans cause est un principe général de droit.

Il suppose que l’appauvrissement ne trouve pas sa cause dans la prise en compte par l’appauvri de ses intérêts propres.

Dans une espèce jugée par la Cour de cassation (12 octobre 2018, rôle n° C.18.0084.N, www.juridat.be), Monsieur avait rénové la maison pour donner au couple un nouvel départ (« een nieuwe start te geven »).

Cette motivation ne constitue pas une cause qui justifie le risque pris d’appauvrissement, estime la Cour d’appel de Gand.

La Cour de cassation casse l’arrêt gantois :

“ De appelrechter die aldus oordeelt dat de verweerder de vermogensverschuiving ten voordele van de eiseres realiseerde met de bedoeling om hun relatie een nieuwe start te geven, verantwoordt zijn beslissing dat een juridische oorzaak ontbreekt niet naar recht.”

Ma traduction : le juge d’appel qui décide ainsi que le défendeur réalisa un déplacement de patrimoine en faveur de la demanderesse avec l’intention de donner à leur relation un nouveau départ, ne justifie pas légalement sa décision qu’une cause juridique fait défaut.

La situation est fréquente : dans l’enthousiasme d’une nouvelle relation, Monsieur s’empresse d’améliorer le nid qui appartient à Madame.

Après la séparation, Madame profite seule des travaux et Monsieur se trouve bien marri.

Cette jurisprudence ne va pas faciliter les choses pour Monsieur.

Il faut prévenir ce problème par la conclusion d’un contrat de vie commune, même (surtout) si on est en pleine lune de miel…

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