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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

La théorie des troubles de voisinage appliquée aux arbres du voisin

Il ne faut pas confondre l’indemnisation d’une faute selon les principes de la responsabilité (art. 1382 et 1383 du Code civil) et la juste compensation d’un trouble de voisinage.

En responsabilité, la victime a le droit à une réparation intégrale, en nature si cela est possible, de son dommage.

La matière des troubles de voisinage est toute différente. Tout d’abord, elle n’est pas basée sur une faute comme en responsabilité, mais sur un trouble.

Ensuite, l’indemnisation du trouble ne répond pas aux mêmes principes.

Le siège de la matière réside dans l’article 544 du Code civil qui reconnaît à tout propriétaire le droit de jouir normalement de sa chose. Les voisins propriétaires ont les mêmes droits.

Le propriétaire d’un immeuble qui, par un fait qui lui est imputable, rompt l’équilibre entre les propriétés en imposant à un propriétaire voisin un trouble excédant la mesure des inconvénients ordinaires du voisinage, lui doit une juste et adéquate compensation, rétablissant l’égalité rompue.

Aussi le dommage indemnisable résultant d’un trouble de voisinage ne consiste jamais que dans ce qui excède la limite des inconvénients normaux du voisinage.

Il faudrait donc déterminer le seuil de cette limite en-dessous de laquelle il n’y a pas lieu à compensation.

La Cour de cassation reconnaît donc que les mesures de compensation tendant à effacer les dépassements de cette limite ne peuvent consister en une interdiction absolue du trouble, par définition non fautif, même si cette interdiction est la seule manière de véritablement rétablir l’équilibre rompu (Cass. 14 décembre 1995, J.L.M.B., 1996, p. 969 et la note de Patrick Henry).

Comme le relève l’avocat général dans ses conclusions précédent l’arrêt du 8 février 2010 de la Cour de cassation (rôle n° C.09.0196.F), permettre la suppression totale de l’activité perturbatrice non fautive, reviendrait à confondre compensation et réparation intégrale.

S’il faisait cela, le juge créerait une nouvelle rupture de l’équilibre.

Appliquons ces principes au problème bien connu des arbres du voisin, qui ne sont pas plantés fautivement mais qui créent un trouble de voisinage.

Pour rééquilibrer les jouissances respectives, il ne faudrait donc pas ordonner l’abattage des arbres, ce qui déséquilibrerait les jouissances dans l’autre sens, mais seulement l’élagage.

Encore faut-il que ce soit possible.

Dans l’espèce ayant donné lieu à l’arrêt de la Cour de cassation du 8 février 2010, l’expert désigné par le juge avait fait valoir que l’élagage aurait pour résultat le dépérissement fatal des arbres (des conifères).

L’expert préconisait donc l’abatage, sans autre alternative. Oui, mais ce faisant, n’allait-on pas créer un déséquilibre dans l’autre sens ?

Rappelons qu’en matière de trouble non fautif de voisinage, le propos n’est pas de réparer intégralement une faute mais seulement de rééquilibrer les jouissances respectives des propriétaires voisins sur leurs propriétés.

En l’espèce, il n’était pas possible de compenser le trouble sans supprimer les arbres plantés non fautivement.

Le juge d’appel avait alors considéré que maintenir l’allée de conifères, et donc le trouble, au motif que l’élagage partiel emporterait leur destruction, sans cependant en interdire toute replantation, constituait un comportement excessif qu’un abattage ne tend qu’à réduire en le ramenant à un équilibre entre deux fonds sans pour autant créer un nouveau déséquilibre inversé.

Le juge avait dès lors ordonné l’abatage pur er simple, et non l’élagage.

En jugeant ainsi, les juges d’appel ont légalement justifié leur décision, dit la Cour de cassation.

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Comment un propriétaire immobilier doit-il prouver son droit de propriété ? La propriété d’une chose peut s’acquérir par un mode originaire, qui permet d’acquérir un droit nouveau tel que l’usucapion ou l’accession, ou par un mode dérivé, qui conduit à l’acquisition d’un droit préexistant par transmission d’un sujet de droit à un autre, tel un acte […]

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Comment un propriétaire immobilier doit-il prouver son droit de propriété ?

La propriété d’une chose peut s’acquérir par un mode originaire, qui permet d’acquérir un droit nouveau tel que l’usucapion ou l’accession, ou par un mode dérivé, qui conduit à l’acquisition d’un droit préexistant par transmission d’un sujet de droit à un autre, tel un acte de vente.

Le propriétaire qui peut invoquer un mode originaire peut aisément faire la preuve de son droit de propriété car ce mode originaire constitue un fait juridique susceptible d’être prouvé par toutes voies de droit et qui, s’il est établi, doit s’analyser en une preuve absolue du droit de propriété.

Lorsqu’un sujet de droit ne peut invoquer qu’un mode dérivé d’acquisition, tel un acte de vente, l’instrumentum qui constate cet acte établit uniquement que l’acheteur a conclu une vente.

Mais cet acte translatif est insuffisant en soi pour rendre l’acquéreur propriétaire.

Cet acquéreur devrait encore démontrer que son auteur était lui-même propriétaire, etc.

L’acquéreur, par mode dérivé, demandeur en revendication, peut invoquer tous actes ou faits susceptibles de rendre vraisemblable l’existence de son droit (J. Hansenne, « Les Biens. Précis », tome I, Ed. Fac. de droit Liège, 1996, n° 639 et suivants, pp. 595 et s.).

Il devra aussi prouver que son vendeur était bien propriétaire ; c’est l’objet de l’origine trentenaire de propriété, insérée dans l’acte authentique soumis à la transcription.

L’article 141, alinéa 3, d la loi hypothécaire dispose qu’ « il est fait mention dans l’acte ou le document, sujet à publicité, du titre de propriété des immeubles concernés et du dernier titre transcrit s’il a moins de trente ans. »

Monsieur Genin, dans le R.P.D.B., v° Hypothèques et privilèges immobiliers (n° 3411), écrit qu’ « il faut en réalité établir la chaîne des mutations de personnes à personnes jusqu’à la date à laquelle tous les droits susceptibles d’exister sur l’immeuble visé sont prescrits, c’est-à-dire trente ans. »

En d’autres termes, dit Monsieur Roelen, « il y a lieu de remonter jusqu’à un titre qui est plus que trentenaire et non pas simplement à une période de trente ans, … »  (E. Roelen, « L’état hypothécaire », in À l’origine de la responsabilité du notaire, Larcier, Bruxelles, 2011, p. 9).

À cette fins, l’article 127, alinéas 1 et 2, de la loi hypothécaire dispose que « les conservateurs des hypothèques sont tenus de délivrer des certificats constatant les mutations et concessions de droits réels, ainsi que les baux consentis par tous individus indiqués dans les réquisitions écrites qui leur sont faites à cette fin. Ils sont également tenus de délivrer à tout requérant copie des inscriptions ou transcriptions existantes, ou des certificats constatant qu’il n’en existe point. »

L’acte satisfait évidemment aux conditions probatoires du Code civil (un écrit signé en autant de parties qu’il y a d’intérêts distincts).

Quant à son opposabilité aux tiers, elle est assurée par l’article 1165 du même Code (effets externes des contrats) et par la publicité foncière envers, cette fois pour les tiers titulaires de droits concurrents.

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