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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Les anciens baux de résidence

Il est parfois pénible de voir clair dans une situation locative ancienne lorsque l’on reprend la gestion d’un immeuble, que l’on l’achète un immeuble loué ou que l’on en hérite.

Comme les situations peuvent se présenter de manières très différentes, avec autant de conséquences diverses, voyons ici les réflexes à prendre en compte en retenant qu’une réflexion individualisée devra chaque fois être menée.

En préalable, supposons qu’il s’agit de baux de résidence principale des locataires (bail d’habitation), auxquels la loi du 20 février 1991 est ou deviendra d’application.

C’est pourquoi nous avons relaté ci-dessous des cas pratiques à titre d’exemple.

A- Les prorogations légales avant la loi du 20 février 1991

  1. L’article 2 de la loi du 22 décembre 1989 reconduit pour un an les baux venant à échéance avant le 1er janvier 1991 et les préavis qui seraient notifiés avant le 1er janvier 1991 voient leurs effets suspendus pendant la durée de la prorogation.
  2. La loi du 28 décembre 1990, en son article 66 § 1, organise une reconduction légale des baux échus entre le 31 décembre 1990 et le 28 février 1991, jusqu’au 28 février 1991.
  3. La loi du 20 février 1991 prend cours le 28 février 1991. Son article 14 dispose qu’elle régit les baux en cours (sauf pour le précompte immobilier, la garantie et la sous-location).
  4. Mais cette loi ne régit pas les baux écrits à durée déterminée conclus avant cette loi.
  5. Enfin l’article 15 de cette loi prévoit que le congé suspendu conformément aux lois de prorogation est réputé non avenu.

B – La loi du 20 février 1991

La règle générale (9 ans)

L’article 3 § 1 de cette loi dispose que :

  1. Tout bail de résidence est réputé conclu pour une durée de neuf années.
  2. Il prend fin à l’expiration d’une période de neuf années moyennant un congé notifié par l’une ou l’autre des parties au moins six mois avant l’échéance.
  3. A défaut d’un congé notifié dans ce délai, le bail est prorogé chaque fois pour une durée de trois ans, aux mêmes conditions.

Si donc un bail à durée indéterminée ou verbal est conclu avant cette loi et est en cours au 28 février 1991, c’est par référence à cette loi qu’il faut envisager les conséquences de la reconduction du bail.
Si donc un bail à durée indéterminée ou verbal est conclu avant cette loi et est en cours au 28 février 1991, c’est par référence à cette loi qu’il faut envisager les conséquences de la reconduction du bail.

L’application de la loi sera cependant différente selon que le bail a ou non date certaine. Dans l’affirmative, on partira de la date de prise de cours du bail, sinon de l’inscription du locataire dans sa Commune, sans pouvoir partir d’une date antérieure au 1er janvier 1987.

Les baux de courte durée (3ans au plus)

S’il est question d’un bail écrit d’une durée inférieure ou égale à trois ans conclu après le 28 février 1991, on appliquera l’article 3 § 6 de la loi.

Autrement dit, ce bail ne peut être prorogé qu’une seule fois, et seulement par écrit et sous les mêmes conditions, sans que la durée totale de location ne puisse excéder trois ans.

Il prend fin moyennant un congé notifié par l’une ou l’autre des parties au moins trois mois avant l’expiration de la durée convenue.

A défaut d’un congé notifié dans les délais ou si le locataire continue à occuper les lieux sans opposition du bailleur, et même dans l’hypothèse où un nouveau contrat est conclu entre les mêmes parties, le bail est réputé avoir été conclu pour une période de neuf ans à compter de la date à laquelle le bail initial de courte durée est entré en vigueur.

C – Cas pratiques :

1. Bail de 9 ans, ayant date certaine et entré en vigueur le 1er mai 1976. Le locataire est toujours dans les lieux : quelle est la situation ?

  • Le bail est expiré le 30 avril 1985
  • Il a été tacitement reconduit le 1er mai 1985 à durée indéterminée.
  • Vu la loi du 20 février 1991 (art. 3 § 1):
  • Le bail devient d’une durée de 9 ans depuis le 1er mai 1985,
  • Le bail expire le 30 avril 1994,
  • Le bail est prorogé pour trois ans jusqu’au 30 avril 1997,
  • Le bail est encore prorogé pour trois ans jusqu’au 30 avril 2000,
  • Et encore le 30 avril 2003,
  • Il faudra un congé avec un préavis de 6 mois pour y mettre fin le 30 avril 2006,
  • Idem en 2009 et ainsi de suite.

2. Même bail, mais n’ayant pas date certaine.

  • En ce cas, le bail est censé prendre cours le premier jour du mois de l’inscription du locataire dans les registres de la population ou à défaut à la date de l’entrée en vigueur du bail mais sans pouvoir être antérieur au 1er janvier 1987 (art. 16 de la loi du 20 février 1991).
  • Vu la loi du 20 février 1991 (art. 3 § 1) :
  • Le bail est de 9 ans depuis le 1er janvier 1987,
  • Le bail est prorogé pour 3 ans le 31 décembre 1995,
  • Le bail est prorogé pour trois ans jusqu’au 31 décembre 1998,
  • Le bail est encore prorogé pour trois ans jusqu’au 31 décembre 2001,
  • Et encore jusqu’au 31 décembre 2004, et ainsi de suite tous les 3 ans,
  • Il faudra un congé avec un préavis de 6 mois pour y mettre avant une nouvelle prorogation.

3. Un bail écrit à durée déterminée de 9 ans est conclu le 1er juin 1989 et le locataire est toujours dans les lieux.

  • Comme la loi du 20 février 1991 ne s’applique pas (art. 14),
  • Le bail se terminera le 31 mai 1998, avec ou sans préavis selon les termes du bail,
  • Les parties pourront librement définir le renouvellement ou un nouveau bail (3 ans ou plus),
  • A défaut, le nouveau bail est de 9 ans et sera régi par la loi du 20 février 1991,
  • Le bail expirera le 31 mai 2007 (sauf application des congés de l’article 3 : occupation personnelle, travaux, etc.).
  • Il sera éventuellement prorogé de 3 ans à défaut de congé.

4. Un bail écrit à durée indéterminée ou verbal est expiré par l’effet d’un congé le 30 juin 1990 et le locataire est toujours dans les lieux.

  • Vu l’article 2 de la loi du 22 décembre 1989 et l’article 66 de la loi du 28 décembre 1990,
  • Le bail a été reconduit jusqu’au 28 février 1991,
  • Le congé est réputé non avenu (art. 15 de la loi du 20 février 1991),
  • Un nouveau bail de 9 ans débute le 28 février 1991,
  • Un bail prorogé a débuté le 1er mars 2000 de 3 ans,
  • Ce bail a été prorogé le 1er mars 2003 pour 3 ans, et ainsi de suite par période de 3 ans.
  • Il pourra y être mis fin pour le 1er mars du dernier terme de 3 ans moyennant un congé de 6 mois.

5. Un bail écrit de 3 ans a été conclu le 1er septembre 1995 et le locataire est toujours dans les lieux.

  • Vu l’article 3 § 6 de la loi du 20 février 1991,

Le bail a été prorogé à dater du 1er septembre 1995 pour une durée de 9 ans,

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La responsabilité (très limitée) de l’administrateur

Monsieur vend sa maison au prix de 125.000 €.   Il veut faire un bon placement avec le prix. Une société de courtage en assurances lui conseille de placer le fonds dans une police vie branche 23. Monsieur traite avec l’administrateur de la société de courtage. Six ans plus tard, Monsieur veut racheter son contrat et […]

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Monsieur vend sa maison au prix de 125.000 €.   Il veut faire un bon placement avec le prix.

Une société de courtage en assurances lui conseille de placer le fonds dans une police vie branche 23.

Monsieur traite avec l’administrateur de la société de courtage.

Six ans plus tard, Monsieur veut racheter son contrat et apprend que la valeur est de 3.640 €.

Il invoque la responsabilité du courtier pour manquement à son devoir d’information.

Le tribunal condamne la société de courtage mais pas l’administrateur.

En effet, comme mandataire de la société de courtage, la responsabilité de l’administrateur ne pouvait être retenue.

C’est la question bien connue du concours de responsabilité.

En appel, l’administrateur, la société de courtage et l’assureur en RC professionnelle de la société de courtage sont condamnés.

La Cour de cassation va casser l’arrêt (16 mars 2018, rôle n° C.17.0200.F, www.juridat.be) concernant l’administrateur.

«  Le mandataire, qui, agissant dans le cadre de son mandat commet une faute, ne peut être déclaré responsable à l’égard du tiers contractant que si cette  faute constitue un manquement à l’obligation générale de prudence. »

Le juge d’appel avait posé que « le mandataire peut encourir une responsabilité personnelle s’il commet une culpa in contrahendo, faute précontractuelle au cours des négociations devant conduire à la conclusion d’un contrat ».

Non, dit la Cour de cassation :

« L’arrêt, qui retient ainsi l’existence d’une faute extracontractuelle [de l’administrateur] au motif que le manquement à son obligation d’information et de conseil précède la conclusion du contrat d’assurance entre un tiers et [l’investisseur], alors qu’il constitue l’inexécution d’une obligation du contrat de courtage conclu entre son mandant et [l’investisseur], viole les articles 1382 et 1383 du Code civil. » 

C’est encore un arrêt sur le concours de responsabilité en matière de responsabilité d’administrateur.

Celui-ci n’est responsable de la faute contractuelle de la société que s’il a commis en représentant la société dans un contrat une faute qui constitue aussi un manquement à l’obligation générale de prudence qui existerait indépendamment du contrat.

C’est pourquoi on a pu parler de l’immunité de l’agent d’exécution.

L’intérêt de cet arrêt est que la théorie du concours de responsabilité est appliqué au stade précontractuel.

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