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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

L’affaire du listing TVA des avocats

Les avocats goûtent à présent aux joies de l’assujettissement à la TVA.

Parmi les obligations en découlent, la remise annuelle du listing TVA fait couler beaucoup d’encre (bien à tort à mon avis).

Rappelons que l’assujetti même franchisé est tenu de déposer chaque année avant le 31 mars, via l’application Intervat, la liste des assujettis auxquels il a livré des biens ou fourni des services au cours de l’année précédente (article 53quinquies Code TVA, A.R. n°23 du 9 décembre 2009).

La plupart des logiciels comptables le font automatiquement.

Cette liste indique pour chaque client le montant total des livraisons et prestations, ainsi que le montant total de la TVA portée en compte.

Les avocats se sont rebellés. Ils estiment qu’en dévoilant le nom des clients et le montant facturé, ils violeraient le secret professionnel.

L’article 458 du Code pénal dispose en effet que « les (…) personnes dépositaires, par état ou par profession, des secrets qu’on leur confie, qui, hors le cas où ils sont appelés à rendre témoignage en justice (ou devant une commission d’enquête parlementaire) et celui où la loi les oblige à faire connaître ces secrets, les auront révélés, seront punis d’un emprisonnement de huit jours à six mois et d’une amende de 100 € à 500 €. »

L’Orde van Vlaamse Balies et l’Ordre des barreaux Francophones et Germanophones ont introduit une procédure en référé contre l’Etat  belge, en vue de faire suspendre l’obligation de déposer l’indiscret listing TVA.

Ils ont été débouté faute d’urgence, tant les flamands (26 mars 2015) que les francophones (23 mars 2015).

La procédure au fond se poursuit, à son rythme, devant le tribunal de première instance francophone de Bruxelles.

Quant au recours en annulation devant la Cour constitutionnelle, il a fait l’objet d’un renvoi préjudiciel devant la Cour de justice de l’Union européenne (arrêt du 13 novembre 2014).

L’OVB (flamand) a informé ses affiliés de sa défaite, par un courriel dramatisant la situation : “ u heeft de keuze om ofwel een inbreuk te plegen op het beroepsgeheid – art. 458 Strafwetboek – door alsnog een btw-listing neer te leggen ofwel geen btw listing neer te leggen en een administratieve boete te riskeren.”

Bref, pour l’OVB, dans un cas comme dans l’autre, l’avocat se trouve hors la loi.

L’OBFG a communiqué de manière plus placide sur le site www.avocat.be : «  en ne déposant pas le listing TVA avant le 31 mars, l’assujetti TVA prend le risque de s’exposer à des amendes qui peuvent s’élever jusqu’à 3.000 € par infraction. »

On ne peut pas dire que ce soit un encouragement à préserver le secret professionnel.

Quant à l’Institut des professionnels de la comptabilité et la fiscalité, l’IPCF, il ouvre tout grand son parapluie.

Il conseille vivement à tous ses membres ayant des clients avocats de prendre immédiatement contact avec eux comme suit « Sauf réaction écrite de votre part pour le 31 mars prochain au plus tard, nous déposerons votre listing TVA. »

L’IPCF recommande à ses membres : « si un avocat choisit de ne pas déposer de listing TVA, vous devez, en tant que comptable (-fiscaliste) agréé, exiger immédiatement de sa part une déclaration écrite dans laquelle il confirme expressément qu’il ne souhaite pas que vous déposiez en son nom un listing TVA. Dans cette déclaration, il doit également confirmer qu’il prend personnellement l’entière responsabilité de ce choix, et qu’en aucun cas il ne pourra engager directement ou indirectement votre responsabilité et qu’il supportera donc toutes les conséquences qui pourraient découler du choix qu’il a fait. »

Pour moi, c’est much ado about nothing :

  • Ce qui est protégé, ce sont « des secrets qu’on leur confie » ; le fait de consulter un avocat et le montant sur lequel la taxe est appliquée, constituent-ils un secret confié à l’avocat ?

  • Seuls les clients assujettis sont visés, et donc ceux agissant dans la sphère de leur activité économique. Est-ce vraiment un secret de consommer des services d’avocat dans ce cadre ?

  • L’article 458 prévoit lui-même que la loi puisse apporter des exceptions au secret professionnel.

  • Le principe de bonne administration veut que la loi soit respectée ; l’administration ne peut utiliser les informations obtenues en dehors de la finalité fiscale de l’obligation, finalité au demeurant légitime.

  • Le coût des soins des médecins fait l’objet d’un contrôle par l’INAMI et cela ne choque personne.

Bref, je déposerai mon listing TVA et je ne pense pas que mes clients m’en tiendront rigueur …

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Le devoir d’investigation du notaire

Un arrêt du 8 janvier 2015 de la Cour d’appel de Liège se montre très exigeant envers les notaires dans le cadre des vérifications à opérer en matière vente immobilière (rôle n° 2012/RG/1080, www.juridat.be). Au cœur du problème se trouvait la vérification du statut urbanistique de l’immeuble vendu. La Cour met à charge du notaire […]

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Un arrêt du 8 janvier 2015 de la Cour d’appel de Liège se montre très exigeant envers les notaires dans le cadre des vérifications à opérer en matière vente immobilière (rôle n° 2012/RG/1080, www.juridat.be).

Au cœur du problème se trouvait la vérification du statut urbanistique de l’immeuble vendu. La Cour met à charge du notaire une obligation d’investigation, allant jusqu’à se rendre sur les lieux pour vérifier la compatibilité des déclarations du vendeur avec la réalité.

La Cour s’exprime en ces termes :

« Le devoir de conseil incombant au notaire se rattache à l’essence de sa profession et constitue une obligation d’ordre public (P. Harmel, « Organisation et déontologie du notariat », in Rép. Not., Tome XI, Droit notarial, L. V, Bruxelles, Larcier, 1992, p. 89).

Le devoir de conseil du notaire peut être défini de la manière suivante : « [il] consiste à éclairer les parties à l’acte sur la portée et les effets de leurs engagements ainsi que sur leurs négociations. Le notaire doit fournir aux parties des renseignements très complets, non seulement sur les conditions de validité de l’acte qu’elles se proposent de passer mais également sur son efficacité. Le notaire doit attirer l’attention des parties sur tous les risques que présente l’opération pour l’un ou l’autre d’entre eux. Cette obligation de mise en garde porte non seulement sur les risques d’ordre juridique mais également sur les risques purement financiers. Il doit se livrer à toutes les recherches nécessaires pour renseigner ses clients sur la situation exacte du bien sur lequel porte l’opération » (C. Melotte, « La responsabilité professionnelle des notaires », in Responsabilités, traité théorique et pratique, Titre II, dossier 28, Kluwer, Bruxelles, 2005, p. 17 citant Bruxelles, 06.03.1995, Not. Fisc. M., 1996, p. 9).

Le devoir de conseil regroupe ainsi plusieurs obligations du notaire dont notamment le devoir d’information, le devoir d’assistance et le devoir d’investigation.

Plus particulièrement, dans le cadre d’une vente d’immeuble, le notaire doit obtenir de ses clients des renseignements concernant le bien mis en vente, notamment sa situation urbanistique. Le notaire est tenu de vérifier les informations que lui donne le client vendeur qu’il ne peut se contenter de croire sur parole. Il doit ainsi investiguer auprès des services de l’urbanisme.

Il lui appartient par ailleurs de se rendre sur place en vue d’examiner l’immeuble et ainsi de vérifier les déclarations de son client. »

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