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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Le vice caché par voie d’exception

L’action estimatoire ou rédhibitoire pour cause de vice caché doit être introduite à bref délai (art. 1648 du Code civil).

Après l’écoulement d’un délai de prescription, l’action ne peut plus être formée.

Mais il faut encore tenir compte de l’adage « quae temporalia sunt ad agendum perpetua sunt ad excipiendum ».

Cela signifie que ce qui ne peut plus être demandé par voie d’action peut toujours être opposé par voie d’exception.

L’acheteur qui n’a pas demandé à bref délai la réparation ou la résolution pour vice caché pourrait s’opposer au paiement du solde du prix en invoquant un vice caché.

Mais ce principe ne s’applique pas en matière de délai préfix.

S’applique-t-il alors au bref délai de l’article 1648 du Code civil en matière de vice caché ?

La réponse dépend de la nature du bref délai (délai préfix ou délai de prescription ?).

Une partie de la doctrine adopte la qualification de délai de prescription (E. Plasschaert et C. Detaille, « Les effets de la vente » in Manuel de la vente, Kluwer, Mechelen, 2010, p. 227, et les références citées).

Pour ces auteurs, la durée du bref délai n’est pas définie et peut être suspendu par des négociations sérieuses (Brux., 5 octobre 2005, J.T., 2006, p. 416), ce qui est incompatible avec un délai préfix.

De plus, la forclusion résultant du dépassement du bref délai touche le fond du droit (perte du droit) et non la recevabilité de l’action.

Une autre partie de la doctrine voit dans le bref délai de l’article 1648 un délai préfix (J. Dewez, « Le régime des vices cachés dans les contrats de vente, de bail et d’entreprise », R.G.D.C., 2008, p. 50, cité et approuvé par Mons, 15 juin 2009, R.G.D.C., 2011, p. 312).

Monsieur M. Houbben consacre une étude approfondie à la question et conclut à la qualification de délai préfix  … tout en reconnaissant au bref délai des caractéristiques propres au délai de prescription (« L’exigence de l’action à bref délai en matière de garantie des vices cachés : comparaison entre vente, bail et entreprise », R.G.D.C., 2011, p. 291).

La question paraît cependant vaine. Le bref délai est en réalité une institution particulière et autonome du droit de la vente.

Elle se caractérise par une grande autonomie d’appréciation confiée au juge, reconnue par la Cour de cassation (Cass., 23 mars 1984, Pas., I, 1984, p. 867).

La référence dans l’article 1648 à la nature du vice et surtout aux usages confirme l’autonomie de l’institution.

Le juge apprécie librement le point de départ du délai, le délai lui-même, sa suspension et la gravité du vice en fonction de la ratio legis de l’institution, à savoir :

  • L’effet du temps sur la conservation de la preuve du vice,
  • L’effet du temps comme agréation tacite du vice ou reconnaissance de sa faible importance,
  • La nécessité pour le vendeur d’agir à son tour contre son vendeur,
  • Le temps d’utilisation sur la rédhibition de la chose.

En fonction de ces éléments, le juge appréciera non seulement la prescription ou la forclusion de l’action, mais aussi la possibilité d’appliquer l’adage « quae temporalia sunt ad agendum perpetua sunt ad excipiendum ».

À cet égard également, il faut reconnaître le pouvoir d’appréciation du juge et non raisonner en fonction de la nature du délai, préfix ou de prescription, car le bref délai ne se réduit pas à ces catégories.

Terminons en citant la loi française qui a résolu la difficulté du délai … du bref délai.

L’article 1648 du Code civil français fait courir un délai de forclusion d’un an en matière de vice caché, à dater la réception des travaux ou la prise de possession de l’immeuble à construire (art. 1642-2).

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Production de biens immatériels et production de services matériels

Il n’est pas toujours commode de définir correctement, sur le plan urbanistique, les activités auxquelles un immeuble est destiné. Un avis du Collège d’urbanisme (n° 16/2842 du 30 juin 2016) fait ainsi la différence entre l’activité de production de biens immatériels et l’activité de production de services matériels. Il s’agissait d’un data center (hébergement, traitement […]

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Il n’est pas toujours commode de définir correctement, sur le plan urbanistique, les activités auxquelles un immeuble est destiné.

Un avis du Collège d’urbanisme (n° 16/2842 du 30 juin 2016) fait ainsi la différence entre l’activité de production de biens immatériels et l’activité de production de services matériels.

Il s’agissait d’un data center (hébergement, traitement de données, stockage).

L’avis s’exprime comme suit :

« Considérant, en effet, que le glossaire du PRAS définit les activités de production de biens immatériels comme des « activités de conception et/ou de production de biens immatériels fondées sur un processus intellectuel ou de communication ou liées à la société de la connaissance (production de biens audiovisuels, de logiciels, studios d’enregistrement, formation professionnelle spécialisée, services pré-presse, call centers, …) ou encore relevant des technologies de l’environnement. » ;

Que les activités de production de services matériels sont, quant à elles, définies par le glossaire du PRAS comme des « activités de prestation de services ou liées à la prestation de services s’accompagnant du traitement d’un bien indépendamment de son processus de fabrication (ex. : transport de documents, entreposage de biens, services de nettoyage, de dépannage et d’entretien…) » ;

Considérant qu’il n’est pas contestable, ni contesté, que l’activité de la requérante consiste à fournir à ses clients un stockage sécurisé de leurs données ou d’héberger leur site WEB ; que cela apparait, au demeurant, des plans du permis ;

Qu’il s’agit d’une production de services et non de biens ; que la requérante ne produit en effet aucun bien, ceux-ci étant produits par ses clients (données et site web) auxquels la requérante fournit un service de stockage, soit de l’entreposage expressément repris dans le glossaire du PRAS comme une activité de production de services ; »

La différence est importante : en effet, pour une activité de production de services, aucune charge d’urbanisme ne peut être imposée selon l’article 5 de l’arrêté du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale du 26 septembre 2013 précité.

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