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Gilles Carnoy, avocat à Bruxelles

Voisins dans la même propriété

On peut être voisin dans une même propriété nous apprend la Cour de cassation dans un arrêt du 4 juin 2012 (rôle n° C.10.0672.N, www.juridat.be).

Il s’agit d’une question de trouble de voisinage.

On sait que la responsabilité sans faute pour trouble de voisinage suppose que l’équilibre entre deux fonds respectifs soit rompu.

L’action vise à compenser la rupture d’équilibre, à réparer ce qui excède les inconvénients normaux du voisinage.

La Cour de cassation n’a pas limité l’action au seul propriétaire (Cass., 10 janvier 1974, Pas., I, 1974, p. 488).

L’action peut aussi être exercée par un titulaire d’un droit réel ou personnel sur une propriété, reçu du propriétaire.

Il faut que les droits des parties s’inscrivent dans un rapport de voisinage, ce qui suppose un fonds et un autre fonds qui en est distinct.

Mais il n’est pas requis pour cela, que le droit de ceux qui ne sont pas propriétaires mais qui disposent d’un droit réel ou personnel porte sur une propriété différente, dit la Cour de cassation :

“Het is daarbij niet nodig dat het recht van degenen die geen eigenaar zijn, maar slechts over een zakelijk of persoonlijk recht op een eigendom beschikken, slaat op een verschillende eigendom.”

Si le demandeur et le défendeur disposent d’un droit réel ou personnel sur la même propriété, il est requis que le droit de l’un concerne une partie de la propriété qui soit distincte de la partie de la propriété sur laquelle l’autre dispose de son droit, en sorte que chacun dispose d’un fonds séparé. Dans l’arrêt :

“Als de eiser en de verweerder beschikken over een zakelijk of persoonlijk recht op dezelfde eigendom, is het nodig dat het recht van de ene betrekking heeft op een deel van de eigendom dat is onderscheiden van het deel van de eigendom waarop het recht van de andere betrekking heeft, zodat zij elk beschikken over een afzon-derlijk erf.”

Autrement dit, la théorie du trouble de voisinage ne suppose pas des droits de propriété distincts mais des parties distinctes de propriété…

Dans cette affaire, la Cour d’appel d’Anvers avait constaté que les parties en litige disposaient toutes d’un droit d’usage personnel qu’elles avaient reçu du propriétaire de l’entrepôt pour déposer leur bateau l’hiver.

Cela ne suffit pas pour conclure à la possibilité d’un trouble de voisinage, dirent les juges d’appel, parce que les droits d’usage avaient rapport avec un seul et même bien, étant l’entrepôt en question.

Si les droits portaient sur des parties distinctes du même entrepôt, cela aurait donc été différent.

Les relations de voisinage concernent l’équilibre entre les jouissances respectives qui sont un attribut de la propriété, peuvent donc intervenir au sein d’une même propriété.

On savait déjà que les fonds ne devaient pas être contigus (Appel, Bruxelles, 24 janvier 1997, J.L.M.B., 1997, p. 332).

On voit qu’ils peuvent concerner une même propriété si les jouissances en balance sont  différentes,  à savoir si elles portent sur des parties du bien qui peuvent être distinguées.

On connait le trouble anormal de voisinage entre copropriétaires, dans la jouissance des parties privatives. La Cour de cassation française le reconnait régulièrement (Cass., fr., 29 février 2012).

D’après l’arrêt, un trouble de voisinage est possible entre les locataires d’un même immeuble, qui ont des appartements distincts.

On peut même en déduire que le trouble anormal de voisinage sera compensé entre indivisaires sur un même immeuble, s’ils occupent chacun une partie séparée.

En réalité, le voisinage n’est pas une notion de droit (deux propriétés) mais de fait (deux jouissances) ; aussi, si elles ne se confondent pas dans leur objet, elles peuvent entrer en conflit et prêter à trouble anormal de voisinage.

La théorie des troubles de voisinage ne cesse donc de s’affiner et de s’enrichir.

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Le carrelage est-il décennal ?

Selon les articles 1792 et 2270 du Code civil, les architectes et entrepreneurs sont responsables pendant dix ans des vices qui mettent en danger à plus ou moins long terme, la stabilité de l’immeuble ou d’une partie importante de celui-ci. Les juges d’appel relèvent que, selon l’expert, le défaut de descellement des carrelages se produisait […]

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Selon les articles 1792 et 2270 du Code civil, les architectes et entrepreneurs sont responsables pendant dix ans des vices qui mettent en danger à plus ou moins long terme, la stabilité de l’immeuble ou d’une partie importante de celui-ci.

Les juges d’appel relèvent que, selon l’expert, le défaut de descellement des carrelages se produisait dans à peu près toutes les surfaces du rez et du premier étage de l’immeuble.

Les juges d’appel se joignent à l’expert pour conclure que la cause technique du descellement se trouve d’une part dans le collage défectueux et d’autre part dans l’absence de joint de dilatation.

Ils décident dès lors que vu l’ampleur de la problématique qui affecte pratiquement tout l’immeuble, il faut en conclure qu’il s’agit bien d’un vice grave qui par nature met la stabilité en péril.

Qu’en pense la Cour de cassation (9 janvier 2017, rôle n° C.16.0108.N, www.juridat.be) ?

La notion de vice « décennal » relève assurément de l’appréciation souveraine en fait du juge du fond.

Mais la Cour de cassation contrôle si le juge du fond ne tire pas de ses constations factuelles des conséquences sans rapport ou sans justification.

C’est ainsi que la Cour de cassation va décider que les juges d’appel n’ont pas valablement justifié leur décision en droit de ce que le vice affectait la stabilité de l’immeuble, sur la seule base de ce que le descellement des carrelages se produit dans presque tout l’immeuble.

La question se pose souvent de savoir si un défaut du carrelage est de nature décennale.

On répond en général affirmativement lorsque la situation prête à infiltration et qu’à terme les infiltrations d’eau mettent l’immeuble en péril.

L’humidité est un facteur de destruction lente des matériaux, elle dévore tout, y compris les maçonneries. La stabilité de la construction est en cause à plus ou moins long terme.

Mais cela concerne les couvertures de surfaces extérieures (terrasses par exemple), plus rarement les surfaces intérieures.

Les juges d’appel, et avant eux l’expert, s’étaient prononcé comme par principe.

Ils n’ont pas justifié le rapport causal entre la situation de descellement et l’effet sur la stabilité de l’immeuble.

C’est pourquoi ils subirent la censure de la Cour de cassation.

Krachtens die bepalingen (art. 1792 en 2270 B.W.)  zijn de aannemers en architecten gedurende tien jaar aansprakelijk voor gebreken die de stabiliteit van het gebouw of van een belangrijk deel ervan in gevaar brengen of op min of meer lange termijn in gevaar kunnen brengen.

De rechter oordeelt onaantastbaar in feite of een gebrek de stabiliteit van het gebouw of een belangrijk deel ervan in gevaar brengt of kan brengen.

Het Hof gaat na of de rechter uit de gedane vaststellingen geen gevolgen afleidt die daarmee geen verband houden of daardoor onmogelijk kunnen worden verantwoord.

De appelrechters stellen vast dat de gerechtsdeskundige heeft vastgesteld dat de problematiek van het loskomen van de vloertegels zich voordeed in ongeveer alle ruimtes van zowel de gelijkvloerse als de eerste verdieping van het gebouw.

Zij treden de gerechtsdeskundige bij waar deze besloot dat de technische oorzaak van het loskomen van de tegels gelegen is in enerzijds de slechte verlijming van de tegels en anderzijds in het niet voorzien van uitzetvoegen.

Vervolgens oordelen zij: “Gelet op de omvang van deze problematiek, die zich over bijna het gehele gebouw van [de eerste verweerster] voordeed, dient ertoe te worden besloten dat het wel degelijk een ernstig gebrek betrof dat van aard was om de stabiliteit ervan in het gedrang te brengen”.

Door aldus louter uit de omstandigheid dat het loskomen van de tegels zich in bijna het volledige gebouw voordeed te besluiten dat het een gebrek betreft dat de stabiliteit van het gebouw in het gedrang brengt, verantwoorden de appelrechters hun beslissing niet naar recht.

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